Troy Davis, une mort capitale !

Par La rédaction

Sauf intervention de dernière minute du comité des grâces de l'Etat de Géorgie, l'américain Troy Davis sera exécuté ce soir, 19h (heure locale), à la prison de Jackson. Une exécution qui révolte les opposants à la peine de mort, mais aussi ceux qui ont à c�?ur l'idée toute simple qu'il ne faudrait pas condamner quelqu'un à mort quand les doutes sur sa culpabilité sont si forts. Une condamnation bancaleLe triste destin de Troy Davis se scelle un mauvais jour d'Aout 1989 sur un parking glauque de Savannah, une petite ville portuaire de l'Etat de Géorgie. Ce jour là, il traine avec deux de gars du coin, Silvester « Red » Coles et Daryl Collins. Tous les trois font dans la petite délinquance�?� Lorsqu'ils aperçoivent un SDF qui traverse le parking, ils décident de le racketter.Coles le harcèle pendant quelques minutes puis Davis et Collins le surprennent en arrivant par derrière. L'un d'eux le frappe (Davis fût d'abord accusé puis il fût démontré qu'aucune preuve ne pouvait appuyer cette accusation). Cette altercation fait du raffut et pousse un policier qui fait des heures supplémentaires comme gardien de restaurant à se rendre sur place. Là, après une petite course poursuite, il est abattu. Les malfrats s'enfuient, se changent et disparaissent quelques jours.C'est Coles qui va aller le premier se rendre à la police. Celui-ci désigne Troy Davis comme étant l'auteur des tirs. Quelques jours plus tard Davis se rend. Il est immédiatement accusé. Mais aucune preuve ne peut le confondre (pas d'ADN, d'empreintes, d'arme, etc�?�). Les policiers font alors remplir des dépositions à tous les témoins présents sur place. Coles témoigne également. Sur la foi de ces témoignages, Troy Davis est condamné à mort.Mais quelques temps plus tard, certains témoins se rétractent. On découvre que l'un d'entre eux est illettré et qu'il a signé son procès verbal sans en comprendre un mot. D'autres disent avoir subi des pressions de la part des policiers pour témoigner contre Davis. Certains désignent Coles comme étant le véritable auteur des tirs. Au final deux témoignages subsistent. Le premier témoin a déclaré que Davis avait tiré de la main gauche. Troy Davis est droitier. L'ultime témoin n'est autre que Silvester Coles. Symbole de la lutte contre la peine de mortL'accusation devient donc très légère et l'exécution de Troy Davis est reportée plusieurs fois. Amnesty international ainsi que de nombreux comités anti-peine de mort aux Etats-Unis mais aussi dans le monde entier dénoncent une condamnation basée sur des preuves si légères. En quelques années Troy Davis devient le symbole des abolitionnistes. Pour eux l'injustice a un visage, celui de Troy Davis. Un slogan commence à se faire entendre un peu partout lors des manifestations de soutien au condamné : « Nous sommes tous Troy Davis ». Récemment le poids de ses soutiens s'est alourdi d'institutions ou de personnalités de tout premier plan comme l'Union Européenne, l'évêque sud-africain Desmond Tutu (prix Nobel de la paix 1984), William Sessions (directeur du FBI sous la présidence de Ronald Reagan, pourtant favorable au principe de la peine de mort) ou même le pape Benoît XVI (à travers le nonce apostolique aux �?tats-Unis).Vers l'abolition ?Les Etats-Unis restent l'une des dernières nations démocratiques qui applique la peine de mort. Sur les 50 Etats que compte le pays, 16 l'ont abolie, 2 la considère anticonstitutionnelle, 2 autres ne l'appliquent plus depuis 1976. Récemment, l'examen de la constitutionnalité de la méthode d'exécution par injection létale a, de fait, créé une baisse des exécutions. Mais si le débat porte régulièrement sur la constitutionalité de cette condamnation, peu de débats de fond ont lieu sur son principe même. Pourtant, la question morale a commencé à s'immiscer frileusement dans le débat depuis que les tests ADN ont démontré qu'au moins 2% des condamnés à morts étaient innocents. Robert Badinter, actuellement sénateur français et anciennement ministre de la justice qui avait porté l'abolition de la peine de mort à l'Assemblée Nationale en 1981 avait fait de cette réalité une raison largement suffisante pour abolir la peine de mort. Dans son discours aux parlementaires il a notamment déclaré : « L'un des plus solides arguments contre la peine de mort tient au risque intrinsèque d'exécuter des innocents. En 2005, la Chine et les �?tats-Unis ont remis en liberté des personnes qui avaient été condamnées à tort : la Chine a même reconnu que des innocents avaient été exécutés. »Si Troy Davis devait être exécuté, il pourrait bien être l'un de ces innocents condamnés à tort qui ont poussé tant d'Etats à abolir la peine capitale.Matthieu JeanUn rassemblement aura lieu à Paris ce Mercredi 21 Septembre à 18h30 Place de la Concorde.Pour éviter l'exécution faites entendre votre voix par le biais [d'Amnesty International->http://www.amnesty.org/fr]