Tunisie: 4 gendarmes tués par des jihadistes, premiers morts en 2015

Par La rédaction

Tunis (AFP)

Quatre gendarmes tunisiens ont été tués tôt mercredi dans une attaque près de la frontière algérienne, principal maquis jihadiste de Tunisie, selon les autorités qui enregistrent leurs premiers morts depuis le début de l'année.

"Cette lâche opération terroriste ne va pas rester sans riposte.Nous allons pourchasser les terroristes, les assassins dans leurs cachettes pour les exterminer et nettoyer le pays", a promis devant la presse le Premier ministre Habib Essid, entré en fonction début février.

Plus tôt, le ministère de l'Intérieur avait indiqué qu'un "groupe composé de 20 terroristes a attaqué une patrouille de la Garde nationale près du rond-point de Boulaaba à 2 km de Kasserine". 

Quatre gendarmes ont été tués et leurs armes volées par les assaillants, selon la même source.Un journaliste de l'AFP a pour sa part vu la voiture des gendarmes criblée de balles, retournée et le pare-brise brisé sur le bord d'une route à quelques kilomètres du mont Chaambi, principal lieu d'implantation d'une série de groupes jihadistes ayant pris le maquis en Tunisie.

Les assaillants "appartiennent à la Phalange Okba Ibn Nafaâ", a affirmé Mohamed Ali Aroui, porte-parole du ministère de l'Intérieur, en référence au principal groupe armé tunisien actif à la frontière avec l'Algérie.

Les forces de sécurité tunisiennes tentent de neutraliser depuis fin 2012 ces combattants jihadistes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique, sans y parvenir malgré des bombardements et des opérations militaires au sol répétées.

Des dizaines de militaires et policiers ont été tués ou blessés dans des embuscades et par des mines disséminées dans la zone de Chaambi mais aussi plus au nord, le long de la frontière. 

Les gendarmes tués dans la nuit de mardi à mercredi sont les premières victimes depuis le début de l'année.Ils ont été inhumés  mercredi dans leurs villes d'origine, notamment Sidi-Bouzid et Kasserine, selon des photographes de l'AFP.

- Terre de recrutement -

La Phalange Okba Ibn Nafaâ est notamment responsable de l'attaque la plus sanglante de l'histoire de l'armée tunisienne: 15 soldats tués à Chaambi en juillet.Le groupe a aussi revendiqué un assaut fin mai contre le domicile du ministre de l'Intérieur de l'époque.

Un compte Twitter proche du groupe s'est d'ailleurs réjoui de l'attaque de mercredi sans pour autant émettre de revendication.

"Dieu est le plus grand, Dieu soit loué, une patrouille de la garde païenne a été la cible d'une attaque à Boulaaba près du mont Chaambi, qui a coûté la vie à quatre" gendarmes, est-il indiqué sur ce compte qui par le passé a servi de relais d'informations pour le groupe jihadiste actif dans la zone du mont Chaambi.

La Tunisie connait depuis la révolution de janvier 2011 un essor de la mouvance jihadiste armée.Le pays avait en particulier été profondément déstabilisé en 2013 par les assassinats de deux personnalités anti-islamistes.

Ces derniers mois, à l'approche des élections générales de fin 2014, la police a dit multiplier les arrestations, assurant avoir déjoué plusieurs attentats.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur a d'ailleurs jugé que l'attaque nocturne contre les gendarmes était une "vengeance en réponse aux succès" récents des forces de l'ordre. 

Par ailleurs, la Tunisie est devenue l'une des principales terres de recrutement pour les groupes islamistes armés en Syrie, en Irak ainsi qu'en Libye.

De 2.000 à 3.000 Tunisiens combattraient ainsi dans les rangs des jihadistes à l'étranger.Cinq cents autres jihadistes tunisiens sont pour leur part rentrés au pays, selon la police, et sont considérés comme l'une des plus grandes menaces sécuritaires pour le pays.