Tunisie: Amnesty déplore l'enlisement des procès de la répression en 2011

Par AFP

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Amnesty a appelé jeudi la justice et la police tunisienne à coopérer pour juger les abus commis lors de la répression de la révolution de 2011, qui a chassé du pouvoir il y a dix ans le régime policier de Ben Ali.

Des cours composées de magistrats spécialement formés à la justice transitionnelle, sont chargées de juger les affaires les plus symboliques instruites par l'instance Vérité et Dignité, qui a enquêté de 2014 à 2018 sur les exactions commises entre 1955 et 2013.Au final, 200 procès ont débuté ces deux dernières années, dont dix concernent l'usage excessif de la force ou autres abus lors de la répression du soulèvement de 2011.Douze responsables sont poursuivis, notamment des anciens ministres, et des policiers dont certains sont toujours en fonction, selon l'organisation de défense des droits humains Amnesty International.Depuis les premiers procès en juillet 2018, pour le meurtre de vingt manifestants en 2011, des dizaines de victimes et de témoins ont déposé devant ces tribunaux.Il y a eu "au moins 23 auditions dans le cadre de ces procès" notamment à Tunis, au Kef et à Sidi Bouzid, indique Amnesty dans un communiqué.Ces procès, étape cruciale dans la transition, visent à lever le voile sur les mécanismes de répression.Mais ils semblent actuellement enlisés, de renvois en renvois, notamment en raison de l'absence des accusés."Aucun cas n'est arrivé au stade des plaidoiries et aucun jugement ou verdict n'a été prononcé", déplore l'ONG, rappelant que la Tunisie s'était engagée dans le cadre de conventions internationales à garantir aux victimes le droit à la vérité, à la justice, et à des réparations.Amnesty a souligné le risque que les nombreuses mutations des juges spécialisés n'entravent les procès en cours, et appelé "le Conseil de la magistrature à s'assurer que les magistrats des cours spécialisées aient les moyens de mener à bien leurs tâches".Amnesty a déploré que les convocations du tribunal, que la police est chargée de remettre, ne parviennent pas aux accusés, y compris à des policiers poursuivis. Elle a appelé à "enquêter sur la non exécution des mandats des tribunaux par la police judiciaire" et à émettre des "mandats d'arrêt" si besoin pour obtenir la comparution de suspects d'homicide.