Tunisie: appels à laisser les médecins s'exprimer librement sur le Covid

Par AFP

AFRICA RADIO

L'ONG Amnesty International et l'Ordre des médecins tunisien ont appelé le gouvernement à laisser s'exprimer librement les praticiens sur la pandémie de Covid-19, après une directive exigeant une autorisation préalable pour le personnel de santé souhaitant s'exprimer publiquement sur le sujet.

Le 16 avril, après des polémiques, le ministère de la Santé a publié une liste de médecins et responsables de la santé habilités à faire des déclarations aux médias ou sur les réseaux sociaux au sujet de la pandémie.Les autres sont passibles de sanctions s'ils s'expriment sans accord des autorités.Amnesty International a critiqué mardi une mesure "disproportionnée" et une "sérieuse atteinte" à la liberté d'expression.C'est "une tentative évidente de censurer les personnels de santé", estime Amna Guellali, responsable d'Amnesty citée dans le communiqué.Le Conseil national de l'Ordre des médecins a de son côté réaffirmé dans un communiqué "le droit des médecins à exprimer leurs positions dans leur domaine de spécialité et selon les données scientifiquement établies".Cette directive est parue au moment où la Tunisie fait face à une augmentation inédite du nombre d'hospitalisations, débordant certaines structures de réanimation, tandis que le nombre de décès confirmés s'approche des 10.000 pour 11 millions d'habitants.Les restrictions de rassemblement et les mesures de distanciation sociales n'ont été que peu appliquées.Face à cette aggravation, le gouvernement a fermé les écoles et mis en place un couvre-feu à 19h pour les véhicules et 22h pour les piétons, soulignant que le pays n'avait pas les moyens pour instaurer un confinement.La Tunisie, où la révolution de 2011 a permis une liberté d'expression sans précédent, a reculé d'une place dans le classement RSF de la liberté de la presse publié mardi. Le pays reste le mieux classé de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, au 73e rang sur 180 pays.Selon Reporters sans Frontières, "le climat de travail des journalistes et des médias s'est nettement détérioré" au cours de l'année, marquée par de nombreuses mobilisations sociales et tensions politiques.