Tunisie: d'ex-prisonniers politiques dénoncent les tortures sous Ben Ali

25 février 2011 à 10h44 par La rédaction

TUNIS (AFP)

Condamnés pour leur appartenance idéologique ou politique à de lourdes peines par le régime de l'ex-président tunisien Ben Ali, d'ex-prisonniers dénoncent les tortures qu'ils ont subies.

"Dès mon arrestation, début 2005, raconte à l'AFP le Tunisien Khaled Layouni, 34 ans, j'ai subi toutes les formes de torture dans les caves du ministère de l'Intérieur et dans les 17 prisons où ils m'ont transféré".

En liberté conditionnelle depuis le 1er février, Khaled, entouré de cinq camarades dont certains portent une longue barbe, affirme "avoir passé six ans en prison pour appartenance à un groupe terroriste" en vertu de la loi antiterroriste en vigueur en Tunisie depuis 2003.

Le régime policier de Zine El Abidine Ben Ali se présentait comme un rempart contre les islamistes.

Khaled Layouni dit avoir été arrêté "dans un café" aux Emirats arabes unis après avoir "échangé sur internet des messages sur la religion".

Extradé en Tunisie car suspecté "d'avoir voulu participer à des camps d'entraînement en Irak", Khaled déclare "avoir été ensuite interrogé par des agents de la CIA qui l'ont traité comme un terroriste" dans "une prison tunisienne", ajoutant sans en fournir la preuve que "c'étaient des Américains très bien entraînés qui parlaient l'arabe".

Il raconte que des policiers tunisiens l'ont "humilié de toutes les façons possibles": "Une de ces tortures consistait à nous mettre en position du +poulet rôti+, le corps attaché et maintenu recroquevillé pendant des heures".

"Ils ont une haine particulière pour nous (les islamistes), ils essayaient de nous isoler par tous moyens des autres détenus.Ils insultaient nos proches et notre prophète en utilisant des mots très vulgaires".

Khaled insiste sur des "images" qui l'empêchent de "dormir": "le cellophane dont ils enroulaient nos têtes avant de verser de l'eau pour simuler une noyade", "manque de sommeil", "bains d'eau froide", "coups de matraque", "chiens enragés tenus par des gardiens et qui aboyaient sur nous (...) comme à Abou Ghraïb", la prison irakienne où ont été dénoncés les sévices infligés aux détenus par des militaires américains.

Accusé "d'appartenance à un groupe terroriste" en 2005, Mohamed Amin Oun, 35 ans, qui a purgé cinq ans de prison, affirme que "le pire", c'était "le manque de sommeil" et les "atteintes à sa nudité".

"Dès que je voulais fermer les yeux, les policiers me réveillaient et hurlaient: +alors, tu le vois le paradis!+", témoigne cet ancien employé des télécoms, ajoutant "avoir été battu" à maintes reprises.

Selon l'Association de lutte contre la torture, interdite sous le régime Ben Ali, et présidée par l'avocate Radhia Nasraoui, des milliers de prisonniers politiques tunisiens ont été torturés, parfois à mort, sous le régime Ben Ali, d'autres sont portés disparus.

La torture, aujourd'hui ouvertement dénoncée dans la Tunisie post-Ben Ali, a ravagé des familles dont les proches sont morts en prison.

C'est le cas de celle de Zouhair Yahyaoui, cyberdissident tunisien, fondateur d'un journal satirique en ligne "TuneZine", décédé en détention en mars 2005 à la suite d'un infarctus à l'âge de 36 ans.

Ecrivant sous le pseudonyme "Ettounsi" (Le Tunisien), Zouhair avait été le premier à publier une lettre adressée à Ben Ali pour dénoncer le fonctionnement de la justice.Condamné en 2002 à deux ans de prison, il avait fait trois grèves de la faim pour protester contre ses conditions de détention.

"Zouhair, raconte sa mère, a été torturé dans une cave au ministère de l'Intérieur, des agents l'ont tenu suspendu toute une nuit en l'air, nu.Ils l'ont frappé en l'insultant". "Malgré les douleurs dans sa poitrine, ils ont refusé de le soigner.Même mort, il portait des traces de coup partout", dit-elle. "Mon fils a sacrifié sa jeunesse et sa vie pour une Tunisie libre et tout le monde l'a oublié", déplore-t-elle.

Zouhair Yahyaoui s'était vu décerner en juin 2003 à Paris le Prix Cyberliberté.