Tunisie: Ennahda insiste sur la nécessité "d'élections transparentes"

Par La rédaction

TUNIS (AFP) - (AFP)

Les élections du 23 octobre en Tunisie "doivent se dérouler dans un cadre démocratique et transparent", insiste Rached Ghannouchi, leader du mouvement islamiste Ennahda, considéré comme le grand favori du premier scrutin de l'après Ben Ali.

"Le plus important pour nous, c'est que les élections soient propres.Certaines forces refusent encore d'admettre notre légalité et notre légitimité", déclare M. Ghannouchi dans un entretien à l'AFP.

Des opposants de Ghannouchi ont soulevé la question du financement de son parti, l'accusant même d'avoir touché des sommes importantes de certains pays du Golfe.

Après 20 ans d'exil à Londres, le dirigeant du mouvement islamiste est rentré en Tunisie fin janvier dans la foulée de la chute du régime de Ben Ali, et son parti a été légalisé le 1er mars.

"Tout est possible en Tunisie.Les forces perdantes et anti-révolutionnaires sont prêtes à tout pour que la volonté du peuple ne soit pas reconnue", met en garde M. Ghannouchi, dans son bureau dépouillé du siège flambant neuf d'Ennahda, à Montplaisir, un quartier moderne de Tunis.

"L'important n'est pas le score que nous allons faire", affirme-t-il."Ce qui compte c'est un scrutin transparent et démocratique.Ce seront les premières élections libres dans l'histoire de la Tunisie et dans le monde arabe".

Les Tunisiens sont appelés à élire le 23 octobre une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution neuf mois après la fuite de Ben Ali, chassé du pouvoir par un soulèvement populaire.

Ennahda est crédité de plus de 20% des voix, selon les sondages."Nous espérons faire plus que ça", lâche M. Ghannouchi, qui revendique "plus d'un million de sympathisants" dans le pays et considère sa formation comme "la plus organisée" du pays.

"Nos priorités sont la lutte contre le chômage et la corruption", déclare-t-il, sans détailler son programme."Nous voulons que soit mis en place un régime parlementaire et garantissant une forte représentation des régions afin d'éviter toute dérive autoritariste", ajoute le président d'Ennahda, dont les membres ont été durement réprimés sous le régime Ben Ali.

Interrogé sur les craintes que les islamistes suscitent dans les milieux intellectuels et laïques tunisiens, le leader d'Ennahda renvoie à "la démocratie et à la souveraineté de la voix du peuple".

M. Ghannouchi assure qu'Ennahda n'a pas l'intention de revenir sur le statut des femmes tunisiennes, l'un des plus avancés dans le monde arabe.

"Le Code du statut personnel (élaboré sous Bourguiba, ndlr) et les acquis de la femme sont intouchables.Les femmes constituent la moitié de la société et nous avons besoin de leurs voix", déclare-t-il.

M. Ghannouchi fait remarquer à cet égard que son parti a respecté l'obligation légale de la parité sur les listes candidates à l'élection.Sur les 33 circonscriptions (27 en Tunisie et 6 à l'étranger) dans lesquelles Ennahda a présenté des listes, seules deux femmes sont tête de liste, une à Tunis et une aux Pays-Bas.Un faible score, mais qui est comparable à celui de la majorité des autres partis tunisiens, où les femmes en première position restent une exception.

"La femme n'a pas encore de place leader dans les syndicats ou les partis politiques, c'est une réalité.Et en ce qui nous concerne, nous avons placé en tête de liste des hommes qui ont milité et connu la prison sous l'ancien régime, et qui ont acquis une notoriété locale", explique-t-il.

Evoquant pour finir la candidature en indépendant d'un des co-fondateurs d'Ennahda, l'avocat Abdelfattah Mourou, qui a "rompu" avec ses anciens compagnons de route, M. Ghannouchi indique que "la porte reste ouverte" et espère que M. Mourou "reviendra dans l'équipe dirigeante d'Ennahda".