Tunisie: le Premier ministre démissionne face à la pression de la rue

Par La rédaction

TUNIS (AFP)

Le Premier ministre tunisien de transition Mohammed Ghannouchi a démissionné dimanche, emporté par 48 heures de contestations et de violences à Tunis qui ont fait au moins trois morts, ouvrant une période d'incertitude un mois et demi après la chute de Ben Ali.

"J'ai décidé de démissionner de ma fonction de Premier ministre" (...) Je ne serai pas le Premier ministre de la répression, a déclaré M. Ghannouchi lors d'une conférence de presse à Tunis, dont le centre-ville est depuis 48 heures le théâtre de batailles de rue entre forces de l'ordre et manifestants.

"Je ne suis pas le genre de personne qui va prendre des décisions qui pourraient provoquer des victimes", a poursuivi le Premier ministre démissionnaire pour expliquer sa décision.

En milieu d'après-midi, on ignorait encore si la démission de M. Ghannouchi était d'effet immédiat ou s'il avait été chargé d'expédier les affaires courants par le président, lui aussi par intérim, Foued Mebazaa.

Dimanche matin, le coeur de la capitale tunisienne avait encore des allures champ de bataille.

Scandant des slogans hostiles au gouvernement, des protestataires tentaient de s'approcher en petits groupes du ministère de l'Intérieur, sur l'avenue Habib Bourguiba, épicentre des émeutes, auquel ils s'étaient déjà attaqués la veille.

La police a riposté en tirant en l'air et à coup de grenades lacrymogènes.Certaines interpellations ont été très violentes, selon des témoins, et des jeunes manifestants "suppliaient" les policiers d'arrêter de les tabasser.

Des jeunes lançaient des pierres sur des immeubles pour briser les vitres et avaient dressé des barricades pour freiner l'avancée des policiers.

Les heurts se sont rapidement arrêtés sitôt connue la nouvelle de la démission du Premier ministre, une annonce qui n'a toutefois pas été saluée par une explosion de joie.

Depuis sa nomination comme premier chef du gouvernement de l'après-Ben Ali, Mohammed Ghannouchi n'a pratiquement pas eu une journée de répit depuis la chute et la fuite de l'ancien président le 14 janvier.

La première équipe qu'il avait a formée, avec notamment des poids-lourds de l'ancien régime, n'a pas tenu deux semaines.

Au bout de cinq jours de manifestations sous ses fenêtres, celui qui fut le dernier Premier ministre de Ben Ali onze ans durant avait jeté l'éponge le 27 janvier et formé une nouvelle équipe expurgée des "bénalistes" trop voyants, tout en sauvant sa tête.

Un mois plus tard jour pour jour, Mohammed Ghannouchi a cette fois décidé de partir après une manifestation monstre et surtout de très violents affrontements.

Vendredi, le gouvernement de transition, réuni en conseil des ministres, pensait pouvoir encore calmer le jeu, alors que la rue grondait, en annonçant des élections "au plus tard mi-juillet".

Cela n'avait pas réussi à mettre fin au raz de marée qui avait envahi le coeur de la ville avec comme objectif d'arracher la démission pure et simple de tout le cabinet.

En début d'après-midi, devant la place de la Kasbah noire de monde, des policiers avaient avancé le chiffre de "plus de 100.000 manifestants", soit la plus grande manifestation depuis la chute du régime de Ben Ali.

Le centre de Tunis résonnait de slogans déterminés: "Ghannouchi dégage!", "Ghannouchi prends tes chiens et démissionne!", "Non à la confiscation de la révolution!".

"Nous sommes là aujourd'hui pour faire tomber le gouvernement", affirmait Tibini Mohamed, un étudiant de 25 ans.

L'objectif a été atteint 48 heures plus tard.