Tunisie: pression populaire sur le gouvernement, un responsable américain à Tunis

Par La rédaction

TUNIS (AFP)

La pression populaire pour faire tomber le gouvernement tunisien de transition et ses caciques de l'ancien régime Ben Ali se poursuivait mardi, alors qu'un remaniement est donné pour imminent et qu'un responsable américain poursuit ses consultations dans la capitale tunisienne. 

Dès l'aube, un millier de manifestants ont exigé de nouveau devant le siège du Premier ministre Mohamed Ghannouchi, la démission du gouvernement de transition dominé par des membres du régime déchu de l'ex-président Zine El Abidine Ben Ali, ont constaté des journaliste de l'AFP.

Leurs rangs grossissaient peu à peu dans la matinée, au fur et à mesure que s'agglutinaient de nouveaux groupes de manifestants, dont des étudiants et lycéens.Mais ils étaient moins nombreux que la veille où il étaient déjà plusieurs milliers à la mi-journée.

Bravant le couvre-feu toujours en vigueur, la grande majorité a campé dans le froid pour la deuxième nuit consécutive sur la place de la Kasbah, sous les fenêtres des bureaux du Premier ministre.

 "Ils doivent partir, nous resterons jusqu'à ce qu'ils partent", a déclaré à l'AFP Mehrezia Mehrez, une femme au visage voilé, encore allongée sous une couverture, venue de Kasserine (centre-ouest) avec son mari et ses deux petites filles. "La bataille se jouera à Tunis.C'est pour cela que nous sommes venus.Il faut faire tomber le gouvernement.Ils sont comme un cancer, il faut tout nettoyer, on ne peut pas en laisser un bout", lançait Lotsi Abbes, un pharmacien du sud du pays, ajoutant: "On ne se satisfera pas d'un remaniement".

 Le porte-parole du gouvernement et ministre de l'Education Taieb Baccouch avait annoncé lundi à l'AFP qu'un remaniement était imminent, "peut-être d'ici demain (mardi)", tout en se prononçant "à titre personnel" pour le maintien des ministres qui ont servi sous Ben Ali au nom de "la continuité de l'Etat".

Il avait souligné qu'il fallait remplacer les cinq ministres qui ont démissionné la semaine dernière de l'exécutif provisoire - trois syndicalistes, un opposant et un ministre de l'ancien parti au pouvoir - et qu'il y aurait en outre "peut-être d'autres démissions".

Le ministre des Affaires étrangères Kamel Morjane, qui occupait cette même fonction sous le régime Ben Ali, s'est dit "prêt à partir à n'importe quel moment", dans une interview au quotidien tunisien La Nation. Il a toutefois estimé que "l'avenir de la Tunisie doit être bâti par tous les Tunisiens (...) toutes appartenances et obédiences confondues".

"L'essentiel pour moi est de voir se concrétiser le rêve et la volonté du peuple, avec ou sans moi", a ajouté cette personnalité souvent présentée du temps du président Zine El Abidine Ben Ali comme le favori de Washington pour sa succession.

 Le chef de la diplomatie tunisienne a eu un entretien lundi avec Jeffrey Feltman, le plus haut responsable de la diplomatie américaine pour le Proche-Orient qui venait d'arriver dans la capitale tunisienne.

Le sous-secrétaire d'Etat américain, première personnalité occidentale à se rendre dans cette ancienne colonie française depuis la chute du régime Ben Ali le 14 janvier, poursuivait mardi ses consultations sur "les réformes démocratiques et les élections" à venir en Tunisie avec l'équipe de transition.

Il doit donner un point de presse dans la journée.

"Le gouvernement (tunisien) doit continuer à répondre aux exigences du peuple, et nous verrons où cela va", avait indiqué lundi le porte-parole du département d'Etat américain, Philip Crowley

 Tentant de répondre au malaise social qui a déclenché "la révolution du jasmin" à la mi-décembre, le gouvernement de transition a annoncé le versement d'une aide exceptionnelle de 260 millions d'euros pour les régions rurales les plus pauvres du pays.

La somme promise servira à financer des projets de construction d'infrastructures, à rembourser les propriétaires de commerces endommagés lors du soulèvement populaire et à dédommager les familles des dizaines de "martyrs" tués lors de la répression sanglante des manifestations par la police de l'ancien régime.

Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l'Homme en Tunisie (CRLDHT), basé à Paris, a appelé les touristes et investisseurs français à retourner dans ce pays.

"Ce n'est pas l'anarchie ni le chaos, il y a seulement quelques manifestations pacifiques, rien contre les intérêts économiques, pas d'incidents", a-t-il rappelé.