Tunisie: sous les ors du Palais, les députés endossent leur rôle avec aisance

22 novembre 2011 à 12h40 par La rédaction

TUNIS (AFP) - (AFP)

De larges sourires, de la fierté, des mondanités: sous les ors du palais beylical du Bardo à Tunis, les nouveaux élus de l'Assemblée constituante ont pris le Parlement et leurs fonctions avec un grand naturel, dix mois après la chute de Ben Ali.

Lorsqu'ils commencent à se rassembler mardi matin sous la belle coupole et l'énorme lustre en cristal de la salle du palais, l'ambiance est joyeuse, détendue, assez peu solennelle.On s'interpelle, on s'embrasse, on se congratule.

Kamel Jendoubi, le président de la commission électorale architecte du processus démocratique, virevolte des uns aux autres.Moncef Marzouki, le futur président de la République selon l'accord de partage du pouvoir conclu entre les trois principaux partis, est très sollicité par les journalistes.Le chef d'Etat major de l'armée tunisienne, le général Rachid Ammar, qui s'était porté garant de la Révolution après la fuite de Ben Ali, est présent, en uniforme.

Les islamistes d'Ennahda, force dominante de l'Assemblée avec 89 sièges, prennent place à la gauche de la salle.Souad Abderrahim, la seule élue non voilée d'Ennahda, joue avec son téléphone portable.Hamadi Jebali, numéro 2 du parti et futur Premier ministre, affiche un visage détendu.

Au balcon, se pressent les journalistes.

Les députés s'installent sur les bancs en bois et cuir vert, un Coran a été placé sur chaque pupitre.Certains d'entre eux ont placé des messages en évidence sur leur table: "never again dictatorship", "vive la Tunisie libre".

Tahar Hamila, doyen de l'Assemblée, "déclare ouverte la séance" et le silence se fait.Les députés se lèvent, entament l'hymne national, puis récitent la Fatiha, la première sourate du Coran, en hommage aux "martyrs" de la révolution.

Le président tunisien par intérim Fouad Mebazaa, qui a dirigé le pays depuis la fuite de Ben Ali, prononce alors une courte allocution.Suspension de séance, et la ruche se met en place: les élus sortent de la salle, donnent leurs premières interviews, leurs premières impressions.

"Je remercie Dieu de m'avoir gardé en vie pour ce jour historique", déclare, ému, Tahar Hamila, le doyen "âgé de plus de 70 ans".

Kaouther Ladgham, élue d'Ennahda, professeur d'éducation physique, promet de "travailler à un avenir radieux" pour les Tunisiens.

Sa jeune consoeur Fatou Lassoued, une avocate de Sfax également élue sous la bannière islamiste, "rend grâce à Dieu et aux martyrs de la Révolution".Avant de marteler: "et maintenant, assez de slogans, commençons à travailler".

Un jeune journaliste de 28 ans d'une radio privée tunisienne, Houcem, observe le ballet des députés."J'ai la chair de poule.Moi, je suis un enfant de Ben Ali, je n'ai connu que Ben Ali, et là je découvre la démocratie, en vrai.Ces députés ont une énorme responsabilité vis à vis du peuple qui les a élus", souligne-t-il.

Une responsabilité que quelques centaines de manifestants, rassemblés à l'extérieur du palais, ont tenu à rappeler aux députés."On vous a à l'oeil", proclamait une pancarte.Femmes, familles de blessés de la révolution, représentants de la société civile...ils sont venus se rappeler au bon souvenir des députés.

"On a des inquiétudes, c'est vrai.Mais ce qu'il y a de bien, au moins, c'est qu'on peut le dire.Avant, on ne pouvait pas s'approcher de ce parlement", souligne Fakri Bensaber, un manifestant.