Tunisie : Un gouvernement sous pression

Par La rédaction

Le gouvernement de transition tunisien est plus que jamais sur la sellette. La pression de la rue s'accentue de jour en jour. Lundi 24, réunis pour manifester devant la « kasbah », le siège du gouvernement à Tunis, des centaines de manifestants s'en sont violemment pris aux forces de l'ordre qui ont riposté par des jets de gaz lacrymogènes. Ils réclament le départ de tous les ministres du régime Ben Ali.Il y a un mois encore, cela aurait paru impensable, absurde. Le siège du gouvernement de Tunis étant l'un des lieux les plus surveillés de la capitale tunisienne et toute opposition non-officielle durement réprimée. Pourtant depuis le départ du général Ben Ali, les jours apportent leur cohorte de nouveautés. Toutes brides lâchées, le peuple tunisien reprend possession de son destin National à grands cris de slogans, occupant à la fois le temps et l'espace politique nouvellement tombé dans son escarcelle. C'est ainsi qu'ils sont des centaines à faire le siège de la « kasbah » depuis des jours pour demander le départ des ministres de l'ancien régime. Hier ce sont les révolutionnaires de la première heure, les habitants de Sidi Bouzid, d'où sont parties les manifestations, qui ont rejoint le siège. « On a déclenché la révolution, on est venus la finir », lance Nizar Faleh, un instituteur de 24 ans à reporter du Monde.Partout le mot d'ordre de grève se répand. Le syndicat des enseignants du primaire a appelé à une « grève générale illimitée ». L'Union générale tunisienne du travail (UGTT) a également lancé un mot d'ordre de grève "illimité" dans le secteur.D'autres combats parallèles viennent grossir la mosaïque des manifestants. Des policiers qui manifestent pour la création d'un syndicat ou pour l'augmentation des salaires. L'extrême gauche, les nationalistes, les "unionistes nassériens" et même les "baâthistes" (baasistes) venus distribuer des tracts de leur front commun, le "Front du 14 janvier".Un semblant d'ordrePour le nouveau ministre de l'enseignement supérieur, Ahmed Ibrahim, « il faut éviter le vide total ». Il justifie ainsi sa participation au gouvernement et exhorte dans le même mouvement les instituteurs à renoncer à cette "grève irresponsable".Faouzia Charfi, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur, enjoint les membres du gouvernement à « tenir » face la population. "Je n'ai pas hésité à faire partie de ce gouvernement, souligne-t-elle, car il faut avancer."Car pour le nouveau gouvernement, la tache s'annonce ardu. Il faut préparer les élections à venir tout en prenant un grand nombre de mesures pour rompre définitivement avec le système Ben Ali. Celui-ci s'est fixé une échéance de six mois pour l'organisation de nouvelles élections. Le premier ministre, Mohammed Ghannouchi, à d'ores et déjà promis de se retirer de la vie politique à la suite de ces élections.Matthieu Jean avec AFP et LeMonde