Une enquête blâme l'armée zimbabwéenne pour des tirs mortels post-électoraux

Par AFP

AFRICA RADIO

Une enquête sur la mort de six personnes dans des violences qui ont suivi l'élection du successeur du président Robert Mugabe au Zimbabwe fin juillet a incriminé mardi l'armée et la police, affirmant que les tirs à balles réelles étaient "injustifiés et disproportionnés".

Six personnes avaient été tuées et plusieurs blessées le 1er août dans des affrontements à Harare, la capitale, avant la proclamation de l'élection d'Emmerson Mnangagwa au premier tour de la présidentielle avec 50,8% des suffrages - contre 44,3% pour Nelson Chamisa, candidat historique de l'opposition.L'armée avait notamment ouvert le feu sur des manifestants protestant contre le retard pris dans l'annonce du résultat de l'élection du 30 juillet. Cet événement sanglant avait terni ce premier scrutin de l'ère post Mugabe que M. Mnangagwa avait présenté comme un nouveau départ après des décennies de répression."Les conclusions de la commission sont que la mort de ces six personnes résulte de l'action de l'armée et de la police", a déclaré le président Mnangagwa, qui avait réclamé cette enquête, dans un résumé du rapport de 1.290 pages."Il est incontestable que les six personnes sont mortes des suites de blessures par balle", a-t-il ajouté.La commission de sept membres, dirigée par l'ancien président sud-africain Kgalema Motlanthe, qui a eu trois mois pour recueillir des témoignages, a constaté que 35 personnes avaient été blessées et a recommandé l'ouverture d'une enquête pour identifier les responsables."L'utilisation de balles réelles directement contre des personnes, en particulier lorsqu'elles fuyaient, était manifestement injustifiée et disproportionnée", ajoute le rapport, selon lequel, toutefois, le tir de balles réelles en l'air est justifié.L'équipe chargée de l'enquête a aussi déclaré que les manifestations avaient été planifiées et que les dirigeants politiques avaient "exacerbé les tensions", mentionnant les discours du parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).L'enquête a souligné que le gouvernement avait respecté la loi en déployant l'armée. "Si les émeutes n'avaient pas été jugulées, la situation aurait pu dégénérer et avoir des conséquences désastreuses", ont estimé les enquêteurs.Les commandants de l'armée entendus au cours des audiences de la commission ont affirmé que les soldats n'avaient tiré que des coups de semonce en l'air.M. Mnangagwa, qui a précédemment rejeté la responsabilité des morts survenues sur le MDC, a déclaré que le gouvernement "étudierait les recommandations et déciderait de la marche à suivre pour la suite".Il a succédé à Robert Mugabe, évincé après 37 ans de pouvoir par un coup de force militaire en novembre 2017, et a remporté l'élection avec juste assez de voix pour éviter un second tour. Il espère que son élection, qui a également été entachée par des accusations de fraudes, contribuera à mettre fin à l'isolement international du Zimbabwe et à attirer des investisseurs étrangers au moment où il s'efforce de relancer une économie moribonde. La commission a enfin recommandé que le gouvernement indemnise les familles des victimes de la répression.fj/bgs/jlb/bds