Violée et accusée : quelle justice dans ce bas monde ?

Par La rédaction

Depuis quand la victime se transforme en accusée. Sur quelle planète vivons-nous ? Une jeune tunisienne de 27 ans, universitaire, détentrice d'une maîtrise de finances et d'un master en management, a été violée le 3 septembre par deux policiers. Elle se retrouve convoquée devant une juge d'instruction pour "atteinte à la pudeur".Un délit passible de six mois de prison pour cette tunisienne et son fiancé qui auraient été surpris dans une "position immorale" lors de leur interpellation par les policiers. Les deux agents ont ensuite embarqué la jeune femme dans leur véhicule où ils l'ont violée pendant qu'un troisième tentait d'extorquer de l'argent au jeune homme.Les policiers, quant à eux ont été incarcérés début septembre, ils risquent de lourdes sanctions, le viol avec violence étant théoriquement passible de la peine capitale en Tunisie où aucune exécution n'a cependant eu lieu depuis plus de vingt ans.Hamadi Jebali , le Premier ministre a dénoncé "avec force" le viol, dans un entretien au quotidien belge Le Soir et promis que les policiers "seraient jugés sévèrement". Il ne s'est pas par contre prononcé sur les déboires judiciaires de la victime, relevant simplement qu'il y avait "peut-être, selon l'autorité judiciaire, un cas d'attentat à la pudeur". Noureddine Bhiri, le ministre tunisien de la Justice, a défendu hier les procédures en cours, et accuse certains médias de porter atteinte à l'image de la Tunisie. "Le viol de cette fille est horrible (...), la justice est sérieuse dans son examen du dossier" a-t-il déclaré. Il a ensuite critiqué ceux qui ont dénoncé une victime "transformée en accusée": "Ce genre d'allégations portent atteinte à l'image de la Tunisie, de la justice, à sa crédibilité.Quand va s'arrêter tout cela ?Selon l'avocate de la victime Me Bouchra Belhaj Hmida "il y a une responsabilité politique et morale", "il y a un sentiment d'impunité chez les policiers". "Il est trop tôt pour dire si cette affaire va changer les choses", "la question de la réforme de la police se pose toujours, il faut déterminer sur quelle base elle va se faire a �??t-elle poursuivi.Depuis le 23 octobre 2011 (et l'arrivée au pouvoir des islamistes), il y a plein d'affaires de harcèlement sexuel, moral et financier de la part des policiers. Lorsqu'ils voient une femme moderne, une femme tunisienne, ils estiment être en droit de demander des comptes et des femmes victimes sont ensuite condamnées", dit-elle.Kadiatou-cherif Diawara