Violences conjugales: au Maroc, très peu de victimes déposent plainte

26 novembre 2020 à 13h40 par AFP

AFRICA RADIO

Rares sont les femmes victimes de violences conjugales qui saisissent la justice au Maroc: 2% quand il s'agit de violences sexuelles, 7% après des agressions physiques, selon une étude officielle publiée jeudi à Rabat.

Pour les violences subies dans l'espace public, 22% des victimes portent plainte quand il s'agit d'agression physique, 3,5% quand l'agression est sexuelle, selon cette étude publiée par le Haut-Commissariat au Plan, avec le soutien de l'ONU-femmes.Seules 3,5% des victimes de violences sexuelles conjugales quittent leur foyer, 16% quand il s'agit de violences physiques, moins d'une sur dix (8%) cesse ses "engagements familiaux" quelle que soit l'agression subie, selon la même étude.Les stigmates de la violence physique des époux vont des égratignures et ecchymoses (dans 52,2% des cas), aux fractures, "incisions profondes", fractures ou cassures des dents, leurs violences sexuelles entraînent "blessures et déchirures au niveau des organes génitaux" dans plus 13% des cas, avec des grossesses non désirées dans 3,5% des cas.Moins de la moitié des victimes des violences les plus graves font appel à un professionnel de la santé.Pour les femmes actives, les violences - qu'elles soient ou non subies dans le cadre conjugal - ont entraîné une perte moyenne de 14 jours de travail par an. Environ 40% de femmes victimes de violences dans un cadre professionnel ont dû changer de travail, 7% ont "carrément quitté le marché du travail", souligne l'étude.Plus d'une femme sur deux a été victime d'une forme de violence au Maroc en 2019, selon les statistiques officielles.Cette étude sur le "coût social" de ces violences a été menée entre février et juillet 2019 avant la pandémie de Covid-19 sur une population de 15 à 74 ans. Plusieurs organisations féminines se sont inquiétées ces derniers mois de la hausse des violences conjugales pendant les longs mois de confinement liés à la crise sanitaire.Le Maroc a adopté en 2018 une loi contre les violences faites aux femmes, rendant pour la première fois passible de peines de prison les actes "considérés comme des formes de harcèlement ou de mauvais traitement". L'étude qui ne prend notamment en compte que les violences conjugales a été jugée insuffisante par des associations féministes.