Violences en RDC: les forces de sécurité dans la ligne de mire des ONG

Par La rédaction

AFRICA RADIO
KINSHASA (AFP) - (AFP)

Opposants tués, arrestations arbitraires: des ONG de défense des droits de l'Homme dénoncent la répression par les forces de sécurité en République démocratique du Congo de toute contestation de la réélection du président Joseph Kabila.

Après des violences lors de la présidentielle le 28 novembre, puis à l'annonce des résultats le 9 décembre, vendredi est à nouveau une journée à risque: l'opposant de 79 ans Etienne Tshisekedi, qui a rejeté les résultats et s'est autoproclamé "président élu", veut "prêter serment" au stade des Martyrs, le plus grand de Kinshasa avec ses 80.000 places, aux abords duquel des chars sont positionnés depuis plusieurs jours.

"Si (Joseph) Kabila veut opposer des chars à la population, ce sera de sa responsabilité", a prévenu Jacquemin Shabani, secrétaire général de parti de Tshisekedi, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Les chars de la Garde républicaine (GR) ne sont pas encore intervenus lors des violences avant et après les élections, mais cette unité, chargée de la sécurité du président, est accusée avec la police notamment d'avoir tué des civils à plusieurs reprises ces dernières semaines.

"Au moins 24 personnes ont été tuées par les forces de sécurité entre les 9 et 14 décembre", qui ont notamment tiré "sur des petites foules, apparemment pour empêcher" des manifestations rejetant la réélection du sortant à la présidentielle du 28 novembre, a affirmé jeudi Human Rights Watch (HRW).

Kinshasa a payé le plus lourd tribut.Les "attaques" dans une dizaines de communes de la capitale ont fait au moins 20 morts, dont quatre jeunes garçons et cinq femme, et blessé de nombreuses autres, a précisé l'ONG américaine.

L'ONG -qui avait imputé à la GR la plupart des 18 civils tués le dernier jour de la campagne (26 novembre) et le jour du vote- rapporte aussi des "dizaines de signalements d'autres meurtres et d'attaques par les forces de sécurité qu'elle cherche à vérifier".

Il "semblerait que la police et d'autres forces de sécurité masquent l'étendue des meurtres en enlevant rapidement les corps", a-t-elle encore indiqué.

Amnesty International a pour sa part accusé mercredi les forces de sécurité d'avoir procédé à une "vague d'arrestations politiques (...) arbitraires et illégales" ayant ciblé "des civils, des journalistes, des avocats et des responsables de l'opposition politique, mais aussi des agents des forces de sécurité" originaires des "fiefs de l'opposition".

Ces accusations arrivent après la prestation de serment mardi de Joseph Kabila, qui a, dans son discours d'investiture, rendu hommage au travail des forces de sécurité qui ont "fait preuve de patriotisme et de professionnalisme, avant pendant et après le scrutin".

Interrogé le 12 décembre par la presse sur des accusations de violences commises par les forces de l'ordre, le chef d'Etat avait répondu: "Si les forces de sécurité avaient commis des violences, vous êtes d'accord qu'il y aurait eu des dizaines, si ce n'est des centaines de morts.Ce n'est pas le cas".

Le ministre de la Justice Emmanuel Luzolo Bambi a annoncé jeudi à l'AFP l'ouverture prochaine d'"enquêtes (...) pour essayer de documenter ensemble et mutuellement (avec les ONG) ces différents cas" d'exactions rapportées par les ONG."S'il apparaît que les faits qui sont dénoncés sont avérés, la justice prendra des sanctions", a-t-il affirmé.

La Commission électorale (Céni) a proclamé le 9 décembre Joseph Kabila vainqueur avec 48,95% des voix, devant dix autres candidats, dont Etienne Tshisekedi, arrivé second (32,33%).

Le leader de l'UDPS a rejeté ces résultats, confirmés par la Cour suprême de justice malgré de multiples irrégularités lors du scrutin dénoncées par les observateurs internationaux et nationaux et plusieurs pays.