Zambie: le président accusé par une ONG de bénéficier du trafic de bois de rose

Par AFP

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Une ONG internationale a mis vendredi la Zambie en émoi, en accusant son président Edgar Lungu d'être l'un des principaux bénéficiaires d'un trafic de bois rare, des allégations aussitôt assimilées à un complot par son gouvernement.

Selon une enquête réalisée par l'Environmental Investigation Agency (EIA), quelque 2.000 mètres cubes de mukula zambiens, une essence protégée proche du bois de rose dont le commerce est strictement interdit, ont été exportés illégalement chaque mois de 2017 à mai 2019.L'ONG écologiste basée à Londres affirme, sur la foi de témoignages recueillis auprès des contrebandiers eux-mêmes, que ce commerce, principalement à destination de la Chine, s'opère sous couvert de la compagnie forestière d'Etat (Zaffico).Citant "de nombreuses sources", EIA ajoute que ce trafic est "étroitement lié à la présidence, au président lui-même, à sa fille Tasila (et) au ministre de la Justice Given Lubinda".Egalement mise en cause, la ministre des Terres et des Ressources naturelles Jean Kapata s'est déclarée "très irritée" par le contenu de ce "soi-disant rapport"."Le gouvernement est assiégé par ses ennemis de l'intérieur et de l'étranger", a-t-elle poursuivi devant la presse, "au fur et à mesure que nous allons vers 2021, vous allez voir de plus en plus (...) de ces impostures".L'ONG estime à environ 7,5 millions de dollars le montant annuel des commissions générées au profit des membres de ce qu'un des trafiquants interrogés a qualifié de "cartel".EIA affirme ainsi, selon les mêmes sources, qu'un négociant chinois lié au trafic a financé une partie des frais de la campagne lancée par le président Lungu pour sa réélection en 2021 et assure que les exportations illégales sont couvertes par son parti, le Front patriotique (FP)."Ils volent pendant que la majorité de notre peuple vit dans la pauvreté", s'est indigné sur son compte Twitter le chef de l'opposition, Hakainde Hichilema."Votre heure a bientôt sonné", a-t-il lancé au chef de l'Etat, "le temps venu, vous allez devoir rendre des comptes".Depuis sa réélection en 2016, le président Lungu est régulièrement accusé par ses adversaires politiques de dérive autoritaire et de corruption.EIA a accusé Lusaka de ne pas respecter l'embargo sur les ventes de bois de rose. "Au rythme actuel d'exploitation, ses essences auront bientôt disparu", met en garde l'ONG.