Zimbabwe: la passion du livre revient... sans les ventes

Par La rédaction

HARARE (AFP)

"Cette année, il y a beaucoup de monde mais les gens n'ont pas d'argent pour acheter", note l'éditeur Daimon Phiri, dont le stand, au Salon du livre international du Zimbabwe, est pris d'assaut...par des étudiants à la recherche de livres soldés.

"Les visiteurs disent aimer lire.Et certains manifestent un intérêt pour nos publications, poursuit le directeur de Teppe Publishers, une maison d'édition basée à Bulawayo, dans l'est du Zimbabwe."Mais ils se contentent de demander nos coordonnées, ce qui une façon polie de mettre fin à la conversation."

"Les gens ont le ventre vide et espérer qu'ils achètent des ouvrages, c'est trop leur demander", reconnaît-il avec un brin de fatalisme.

Dans les années 90, les affaires florissaient au Salon du livre qui attirait jusqu'à 180 exposants locaux et une cinquantaine d'internationaux.

Le Zimbabwe jouissait à l'époque d'un des taux d'alphabétisation les plus élevés du continent, grâce aux moyens dévolus dans le secteur de l'éducation après l'indépendance en 1980.

Depuis, une grave crise économique et politique a réduit la majorité de la population à la pauvreté ou à l'exil.

Le système éducatif en a fait les frais et s'est littéralement effondré au cours de la dernière décennie.Aujourd'hui, les classes comptent 50 élèves, un livre pour 20 enfants et souffrent d'une hémorragie d'enseignants qui quittent une profession trop mal payée.

Les librairies, autrefois à chaque coin de rue du centre-ville de Harare, ont peu à peu fermé leurs portes ou se sont reconverties pour vendre des jouets, des vêtements bon marché et au mieux des livres d'occasion.

"Le prix moyen d'un livre est de cinq dollars et pour la même somme, on peut acheter un pain, ce que la plupart d'entre nous choisirons", explique Maxwell Mutami, lecteur assidu de la cité dortoir de Chitungwiza près de la capitale.

Le Salon du livre n'a pas été épargné par le marasme économique.Réduit comme une peau de chagrin au plus fort de la crise en 2008, il ne comptait que 50 stands.

Deux ans plus tard, certains constatent un frémissement qui pourrait augurer d'une reprise du secteur avec la venue de 120 exposants mais seulement cinq internationaux, tous africains.

"C'est mieux que les années précédentes.Mais il faut reconnaître que nous avons un avantage: nous vendons des livres scolaires", explique Prayer Mutasa de College Press, filière du groupe international Macmillan.

"Les ventes de livres non scolaires sont encore faibles.Pour acheter un ouvrage, il faut d'abord avoir à manger sur la table, poursuit-il.Acheter un livre pour se faire plaisir est considéré comme un luxe."

Les progrès enregistrés sont attribués à la stabilisation de l'économie depuis l'abandon de la monnaie locale et la pacification politique avec la mise en place d'un gouvernement d'union nationale, début 2009.

Le directeur du Salon du livre, Greenfield Chilongo, en est certain: "c'est la reprise depuis la dollarisation de l'économie.Si cette tendance se confirme, l'industrie du livre retrouvera son niveau d'antan".