Zimbabwe: manoeuvres et dissensions sur la succession de Robert Mugabe

Par La rédaction

HARARE (AFP)

Des voix discordantes s'élèvent autour du président zimbabwéen Robert Mugabe à propos de la date de nouvelles élections, laissant transparaître de premières dissensions sur la succession du vieux chef de l'Etat.

M. Mugabe, qui dirige le pays d'une main de fer depuis l'indépendance en 1980, est le principal garant de l'unité de son mouvement, l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Front populaire (Zanu-PF).

Mais il a 87 ans et les rumeurs sur son état de santé inquiètent ses partisans.

"Le point de ralliement de la Zanu-PF est Mugabe, qui est vieux désormais.Certains craignent que si les élections sont retardées et qu'il décède, ou que si pour une raison ou pour une autre les élections se déroulent sans lui, la Zanu-PF soit morte", estime Takavafira Zhou, politologue à l'Université d'Etat de Masvingo (sud).

"Un petit groupe au sein de la Zanu-PF veut des élections tant que Mugabe est encore là comme la figure unificatrice.Ils savent que la Zanu-PF est Mugabe et que Mugabe est la Zanu-PF, et que sans lui ils sont fichus", ajoute-t-il

Robert Mugabe et son rival de longue date, Morgan Tsvangirai, ont formé un fragile gouvernement de coalition en 2009, pour apaiser les tensions après une campagne présidentielle l'année précédente qui avait fait plus de 300 morts.

Le président, désigné candidat à sa propre succession par son parti, a appelé à des élections dès cette année pour mettre fin à cette alliance contre nature.

Mais des personnalités telles que le ministre de la Justice, Patrick Chinamasa, et le gouverneur de la banque centrale, Gideon Gono, l'ont contredit.Les voix discordantes ne sont pourtant pas courantes à la Zanu-PF.

Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai s'en tient de son côté à sa position, fidèle aux termes de l'accord de partage du pouvoir de 2009: des élections ne pourront être organisées qu'après le vote d'une nouvelle loi électorale et l'adoption d'une nouvelle Constitution.

Pour Eldred Masunungure, un analyste de l'Université du Zimbabwe, seule une minorité parmi les alliés de M. Mugabe veut aller aux urnes dès cette année.

"Il semble que la majorité de la ZANU-PF est contre les élections en 2011", a-t-il indiqué à l'AFP.Mais parmi ceux qui veulent en découdre rapidement, il y a des militaires puissants, selon lui.Ils "ont du muscle et peuvent être tentés d'imposer leur préférence", dit-il.

D'autres voix au sein du parti affirment qu'attendre un peu donnerait le temps de trancher la lutte de succession qui couve depuis longtemps, selon un diplomate occidental.

"Il y a ceux qui veulent des élections retardées en espérant qu'ils auront réglé la succession (du président Mugabe) et ceux qui veulent des élections cette année, avec Mugabe comme candidat", résume-t-il.

Personne n'ose toutefois encore envisager publiquement un avenir sans lui au sein du parti."On ne peut davantage changer de père dans sa famille", a déclaré le général Douglas Nyikayaramba, à un hebdomadaire indépendant.

Des médiateurs sud-africains ont récemment fait part de leurs préoccupations sur la santé de Robert Mugabe et évoqué sa succession à la suite d'informations sur une opération d'un cancer de la prostate à Singapour au début de l'année.

Le vieux chef de l'Etat a répondu qu'il comptait vivre au moins cent ans.

Le président de la Zanu-PF, Simon Khaya-Moyo, dément quant à lui toute lutte de succession."Nous ne nous préoccupons pas des opinions de personnes extérieures" au parti, a-t-il dit à l'AFP.

"Qu'ils spéculent, qu'ils rêvent, qu'ils pleurent, qu'ils sourient, qu'ils fassent ce qu'ils veulent.C'est la règle du parti qui prévaudra".