OMS et violences sexuelles en RDC: la "douleur" et la réticence à témoigner évoquées à Goma

4 octobre 2021 à 20h06 par AFP

AFRICA RADIO

La "douleur" des femmes et la réticence de beaucoup d'entre elles à dénoncer les agressions qu'elles ont subies ont été évoquées lundi à Goma, dans l'est de la RDC, où ont été présentés les résultats d'une enquête sur des violences sexuelles commises par des employés de l'OMS.

Les conclusions de cette commission d'enquête indépendante ont été dévoilées le 28 septembre à Genève, mais diverses réunions de "restitution" de ses travaux ont lieu cette semaine dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), où se sont déroulés les faits, durant l'épidémie d'Ebola qui a sévi entre 2018 et 2020. Les enquêteurs ont interrogé des dizaines de femmes qui s'étaient vu proposer du travail en échange de rapports sexuels ou ont été victimes de viols. Les chiffres de 63 femmes et 12 hommes victimes, de 13 à 43 ans, ont été avancés lundi en conférence de presse à Goma. Leur moyenne d'âge est de 20 ans. "C'est avec beaucoup d'émotion, de douleur, que nous avons vécu cette étape-là. Beaucoup de femmes ont perdu leurs foyers (...) Il y a eu des enfants hors mariage", a déclaré Rose Kahambu Tuombeane, militante des droits humains venue de Butembo, dans la province orientale du Nord-Kivu. "Le nombre publié dans le rapport est inférieur au nombre réel de victimes", car selon elle, "les gens ne veulent pas dénoncer les faits". "A cause de nos coutumes... Ce sont des questions tabou dans nos sociétés", a-t-elle dit. "Avec le rapport, les femmes auront le courage de dénoncer", a espéré Jeanne Alasha, conseillère du gouverneur de la province de l'Ituri, chargée de la famille. Il n'y avait pas de femme victime directe à la conférence de presse organisée dans un grand hôtel du chef-lieu du Nord-Kivu, mais d'autres responsables d'organisations de femmes venues d'autres territoires de la province et de l'Ituri voisine. "On nous dit que justice sera faite, on attend cette justice pour que les victimes soient prises en charge ou que les dommages soient réparés", a dit de son côté Aimée Kyakimwa, une de ces femmes leaders, venue de Beni. Les enquêteurs ont identifié 83 auteurs présumés, dont 21 étaient des employés de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Les autres travaillaient pour le ministère de la Santé et d'autres organisations, a précisé Julienne Lusenge, coprésidente de la commission. Pour l'OMS, Nedret Emiroglu a rappelé que l'Organisation avait placé deux hauts responsables en congé administratif, sans préjuger de la suite de l'enquête. "Nous allons continuer les investigations", a-t-elle ajouté, précisant que l'OMS avait "débuté des réformes structurelles à tous les niveaux, pour éviter" que ce genre de choses se répètent. "Je suis désolé", avait déclaré mardi dernier à Genève le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, promettant des "conséquences sévères" pour les responsables.