Ouganda: la justice ordonne la libération d'un écrivain

Par AFP

AFRICA RADIO

Un tribunal de Kampala a ordonné mardi la libération d'un célèbre écrivain et pourfendeur du régime ougandais, arrêté après avoir critiqué le puissant fils du président Yoweri Museveni.

Kakwenza Rukirabashaija a été brutalement arrêté la semaine dernière à son domicile, dans la capitale ougandaise. Mardi, la juge Irene Nambatya, qui examinait une demande de libération faite par son avocat, a décidé que l'écrivain devait être "inconditionnellement" libéré, soulignant que "tout officier de police doit se soumettre à cet ordre". M. Rukirabashaija devait initialement être poursuivi mardi par une autre cour pour "communication offensante" envers le fils du président, Muhoozi Kainerugaba, un général dont beaucoup pensent qu'il veut prendre la succession de son père, âgé de 77 ans. Il l'a notamment qualifié sur les réseaux sociaux d'"obèse" et de "rouspéteur". Son avocat Eron Kiiza a dit n'avoir pu rencontrer son client, qui n'était pas présent mardi et qui, selon lui, a été torturé en détention. "La police a peur de le présenter devant le tribunal avec des marques de torture, c'est pourquoi ils retardent le moment de le présenter", a-t-il dit. M. Rukirabashaija, pourfendeur affiché du pouvoir et du président Yoweri Museveni, a été salué en 2020 par la critique pour son roman satirique, "The Greedy Barbarian" (non traduit), qui décrit un pays imaginaire profondément gangréné par la corruption. L'écrivain a été arrêté plusieurs fois depuis cette publication et a affirmé avoir subi des tortures lors d'interrogatoires. Il avait alors été accusé d'incitation à la violence, promotion du sectarisme mais aussi de non respect des mesures de lutte contre le Covid-19. Les dernières années ont été marquées en Ouganda par des actes de répression contre des journalistes, des incarcérations d'avocats ou encore par le musellement de leaders de l'opposition. Début décembre, les autorités américaines ont adopté des sanctions contre le chef du renseignement militaire ougandais, le général Abel Kandiho, pour son implication présumée et celle de ses services dans de graves violations des droits humains, notamment des passages à tabac, des agressions sexuelles et des électrocutions.