Le processus de Nairobi représente une opportunité d'éliminer toute excuse pour les groupes armés congolais" (Monusco)

Ndèye Khady Lo Ba, porte-parole adjointe de la MONUSCO

16 juin 2022 à 14h20 par Lilianne Nyatcha / Africa Radio

Depuis quelques mois ,des tensions opposent la RDC et son voisin le Rwanda. Les autorités de Kinshasa accusent Kigali de soutenir la rébellion du M23 qui a repris ses attaques contre l'armée congolaise . Mais le Rwanda dément tout soutien à ce groupe rebelle . Que pense la Monusco de ces accusations et comment faire baisser la tension entre les deux voisins ? Lilianne Nyatcha s'entretient avec Ndèye Khady Lo Ba, porte-parole adjointe de la MONUSCO, la mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo à Kinshasa.

La reprise des attaques de la rébellion du M23 contre l'armée congolaise a créé de fortes tensions entre la RDC et le Rwanda.  Kinshasa accuse son voisin de soutenir ce groupe rebelle, ce que Kigali dément. Disposez-vous  d'informations au niveau de la MONUSCO, permettant de savoir réellement où se trouve la vérité ? 

Sur les incidents que vous venez de rappeler, il est important de rappeler que le Rwanda et la RDC sont des pays membres des Nations Unies. Il faut aussi savoir qu'il y a le mécanisme conjoint de vérification élargi que les deux pays ont saisi et qui est en train de faire son enquête sur cette affaire. 

Tous les pays, y compris le conseil de sécurité de l’Union Africaine, la conférence internationale de la région des grands lacs, et bien d'autres, ont clairement demandé que toute difficulté, toute allégation soient gérées à travers ce mécanisme. 

La RDC dit détenir des preuves, notamment avec l'arrestation de deux soldats rwandais, mais aussi des objets qui auraient été retrouvés dans les localités conquises et qui tendent à démontrer la présence des rwandais aux côtés du M23. Pour décrisper l'atmosphère, est-ce que la MONUSCO n'aurait-elle pas pu ouvrir une enquête, étant sur place , pour connaître la provenance de ces objets ? 

 

 

Vous savez la MONUSCO a son mandat et il y a des mécanismes qui sont dans la région, dont le mécanisme conjoint de vérification élargi, qui surveille et mène des enquêtes sur des incidents de sécurité dans la région, à Goma, il y a des experts des états membres de la conférence internationale de la région des grands lacs. L’enquête est en cours et c’est juste que nous attendons son rapport sur cette affaire. 

Et le mandat de la mission, ce n’est pas de mener des enquêtes de cette nature, donc il y a un mécanisme qui fait son travail. Nous attendons ses conclusions. 

Et une fois les conclusions de ces enquêtes disponibles, quelles suites la MONUSCO compte donner à ce rapport ? 

On le saura une fois que le rapport sera disponible. Par ailleurs, la Monusco est mandatée pour partager toute information liée aux violations de l'embargo sur les armes, comme il le serait pour un groupe armé ou une entrée illégale sur le sol congolais, avec le groupe d'experts du comité des sanctions du conseil de sécurité. Et comme la MONUSCO c’est son travail, le Conseil de sécurité pourra se prononcer sur la base de ce rapport des experts. 

Les chefs des armées des états de la communauté d’Afrique de l'Est étaient réunies  à Goma dans l'Est de la RDC. Ils ont annoncé  la création d'une force régionale de lutte contre des groupes armés  dans cette partie de la RDC. Est-ce que vous soutenez cette initiative et si oui comment ? 

Alors, toute mobilisation régionale visant à accroître la pression sur les groupes armés nationaux et régionaux pour qu'il désarme à condition qu'elle soit bien coordonnée avec la Monusco et qu'elle donne la priorité à la protection des civils dans ces opérations est évidemment la bienvenue. 

Nous soutenons également la nécessité de mesures non militaires en particulier un programme durable de désarmement, démobilisation ,réintégration communautaire des anciens combattants pour résoudre les causes profondes de l'insécurité dans l'est de la Rdc. Mais nous savons aussi qu'il faut s'attaquer à toutes les questions qui font que les communautés n'arrivent pas à cohabiter de manière pacifique et tous ces problèmes d'accès aux ressources, d’accès à la terre et le règlement pacifique des conflits. 

Est-ce que vous pensez que cette initiative sous-régionale peut être enfin la bonne pour régler définitivement l’insécurité que connaît l'est de la RDC? 

Comme je vous l'ai dit la MONUSCO encourage toutes les initiatives sous-régionales qui visent à accroître la pression sur les groupes armés à l’Est, et pour le moment nous ne pouvons pas dire si c’est la bonne initiative ou pas, parce que comme vous le dites c'est à l'état de projet. Nous verrons après mais nous soutenons et encourageons cette prise d’initiatives qui vise à accroître la pression sur les groupes armés. Et aussi qu’elle soit bien encadrée avec la MONUSCO et qu'elle donne la priorité à la protection des civils dans ces opérations. 

Des discussions se tiennent à Nairobi au Kenya entre le gouvernement congolais et des groupes armés, la MONUSCO accompagne-t-elle ces discussions et quel est précisément son rôle ? 

Alors le processus de Nairobi représente une opportunité d'éliminer toute excuse pour les groupes armés congolais. Il leur donne aussi l'opportunité d'exposer les raisons pour lesquelles ils sont toujours mobilisés et d'articuler les mesures nécessaires pour qu'ils se désarment. 

Ce processus est complémentaire du PDDRCS ( Programme de Désarmement, démobilisation, réinsertion communautaire et Stabilisation ...)  et a permis de réunir autour de la table les principaux représentants des groupes armés du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, et de l’Ituri, et le bureau de l'envoyé spécial dont le mandat couvre justement toutes les dynamiques régionales soutiennent le processus de Nairobi. 

Et il faut rappeler, qu'il n'y a pas de solution strictement militaire contre les groupes armés en RDC. Il faut aussi des mesures politiques, des mesures de bonne gouvernance et de justice ,des mesures de promotion et le respect des droits de l'Homme, des mesures de réconciliation et de dialogue. 

Êtes-vous optimiste quant à l'issue de ces discussions de Nairobi ? 

Comme je vous l'ai dit c'est une opportunité d'éliminer toute excuse pour ces groupes et la MONUSCO soutient ce processus et espère que cela permettra de démobiliser beaucoup de groupes armés et d’aboutir à une résolution pacifique du conflit dans l'est de la République Démocratique du Congo