Pro et anti-armée se mobilisent, journée sous haute tension au Soudan

Par AFP

AFRICA RADIO

Les partisans d'un pouvoir civil au Soudan se préparent jeudi à une journée de mobilisation sous haute tension alors qu'un sit-in réclame depuis six jours "un gouvernement militaire" pour sortir le pays, l'un des plus pauvres au monde, du marasme.

Khartoum (AFP)

A la veille de cette journée qui fait redouter des tensions si les deux camps venaient à se rencontrer, les appels au calme se sont multipliés.

De deux côtés, les leaders ont exhorté leurs partisans à respecter les opinions et le droit de manifester de chacun tandis que les autorités soudanaises, à l'instar de responsables internationaux en visite, ont mis en garde contre une escalade dans ce pays --déjà secoué le 21 septembre par un coup d'Etat manqué.

Si tous se sont engagés au pacifisme, des blocs de béton et des militaires en armes entravent tôt jeudi matin la circulation sur les routes menant au QG de l'armée dans le centre de Khartoum ainsi qu'un pont proche, menant au quartier de Bahri, de l'autre côté du Nil, a constaté un journaliste de l'AFP.

De nombreux magasins n'étaient pas ouvert en matinée.Depuis la veille au soir, des jeunes militants paradent dans les rues de la capitale et appellent à se mobiliser pour un transfert complet du pouvoir aux civils, rêvant d'une "manifestation d'un million de personnes".

Pour ces militants de la "révolution" de 2019 qui a mis fin aux 30 années de dictature d'Omar el-Béchir, la mobilisation de jeudi est un test.Leur but est, à travers elle, de rappeler aux autorités leur poids dans la société et montrer qu'ils tiennent encore la rue, deux ans plus tard.

Aux pro-armée, qu'ils accusent pêlemêle d'être des nostalgiques de l'ancien régime, des islamistes ou des groupes manipulés par les militaires, ils veulent montrer qu'ils sont plus nombreux qu'eux.

Et au gouvernement dirigé par le technocrate Abdallah Hamdok, un ancien économiste de l'ONU, ils veulent signifier qu'il doit en faire plus pour une population asphyxiée par l'austérité imposée par le Fonds monétaire international (FMI) en échange de l'effacement de la dette du Soudan.

 

- "Notre arbitre, c'est la rue" -

 

Pour se faire entendre, les militants en faveur d'un pouvoir civil ont choisi une date symbolique, celle du 57e anniversaire de la première "révolution" ayant renversé un pouvoir militaire au Soudan, pays à l'histoire rythmée par les coups d'Etat.

Car pour nombre d'entre eux, le sit-in pro-armée --qui rassemble des milliers de manifestants, venus principalement des provinces pauvres et rurales du pays-- n'est rien moins qu'un putsch en devenir.

Les anti-armée ont d'ailleurs adopté comme slogan principal "Pas de retour en arrière", faisant référence à une période politique récente dominée par les islamistes et les militaires.

"Ils ont le droit d'exprimer leur opinion", assure Hamada Abderrahmane, 37 ans, commerçant venu d'une province du sud de Khartoum pour rejoindre le sit-in pro-armée.

"Mais pour nous, c'est nous qui avons raison, ce gouvernement n'a rien fait pour les Soudanais en deux ans", martèle-t-il.

"Notre arbitre, c'est la rue.Elle ne ment jamais", renchérit Al-Sadeq Jaafar, 41 ans."Si eux veulent des prix qui flambent et des corrompus au pouvoir, c'est leur choix, nous n'en voulons pas."

A Khartoum et Oumdorman, sa ville-jumelle de l'autre côté du Nil, les pro-civils ont prévu trois défilés censés s'ébranler en début d'après-midi, vers 10H00 GMT. 

Les anti-armée ont déjà annoncé que leurs cortèges ne devaient pas s'approcher du palais présidentiel, ni même du bâtiment du gouvernement où les pro-armée se sont rendus lundi aux cris de "A bas Hamdok!" lors d'une brève manifestation dispersée à coups de grenades lacrymogènes.

Mercredi soir, insistant pour la première fois sur "le partenariat entre civils et militaires", le général Abdel Fattah al-Burhane a semblé vouloir rassurer la Britannique Vicky Ford, en charge de l'Afrique pour la diplomatie de la Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale toujours influente au Soudan.