Rwanda: le décès de Protais Mpiranya est "une perte pour la justice" (association de victimes)

AFRICA RADIO

13 mai 2022 à 15h06 par AFP

Le décès de Protais Mpiranya, qui était le fugitif le plus recherché par la justice pour son rôle dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, est "une perte pour la justice", a affirmé vendredi à Kigali la principale association de rescapés du génocide.

Jeudi, l'ONU a annoncé que Mpiranya, qui commandait la très puissante garde présidentielle au moment des massacres, était en réalité décédé en 2006 au Zimbabwe. "La confirmation de la mort de Protais Mpiranya est une perte pour la justice parce qu'il n'a pas été présenté devant un tribunal pour être jugé pour les crimes qu'il a commis", a déclaré à l'AFP Jean Damascene Kalinda, un responsable de l'association Ibuka. Depuis l'arrestation en 2020 en France de Félicien Kabuga, régulièrement présenté comme le financier du génocide, Mpiranya était le fugitif rwandais le plus recherché. Il était notamment accusé, avec d'autres, d'avoir fait tuer le 7 avril 1994, aux premières heures du génocide, la Première ministre hutu modérée Agathe Uwilingiyimana, dix Casques bleus belges chargés de sa protection et plusieurs personnalités politiques de premier plan, ainsi que leurs familles et domestiques. Mpiranya avait été inculpé en 2000 par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) de huit chefs de génocide, complicité dans le génocide, assassinat, extermination, viol, persécution, d'autres actes inhumains constitutifs de crimes contre l'humanité, et meurtre. Après la publication de l'acte d'accusation par le TPIR en 2002, Mpiranya s'était enfui au Zimbabwe, où il vécut jusqu'à sa mort, vers 50 ans, des suites d'une tuberculose pulmonaire, ont précisé jeudi les procureurs de l'ONU. Son décès n'a pas permis de tenir la promesse que "personne n'est au-dessus des lois", a déploré Jean Damascene Kalinda, appelant les pays abritant des présumés génocidaires en fuite à les arrêter. "Là où (Mpiranya) a vécu de 1994 à sa mort en 2006, ces pays avaient la responsabilité de l'arrêter et de le présenter à la justice, mais cela n'a pas été fait", a-t-il ajouté. Sa présence au Zimbabwe, et plus tard son décès, furent délibérément dissimulées grâce aux efforts concertés de sa famille et de ses associés, selon l'ONU. Il a été enterré dans un cimetière proche d'Harare sous l'alias de Ndume Sambao. Il ne reste désormais plus que cinq fugitifs sous la juridiction du Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), qui a pris le relais du TPIR après 2015. On estime que 800.000 Tutsi et Hutu modérés ont péri en 100 jours de massacre en 1994 au cours desquels des miliciens hutu ont massacré des Tutsi se cachant dans des églises et des écoles.