Scandale en Egypte: un champion de squash rejoint l'équipe britannique

AFRICA RADIO

7 juin 2022 à 19h36 par AFP

C'est un séisme dans l'univers du squash, où l'Egypte règne en maître sur les classements mondiaux, masculins comme féminins: l'un des joueurs du pays des Pharaons, Mohammed El Shorbagy, vient de passer sous drapeau britannique et les réseaux sociaux s'enflamment.

Mohammed El Shorbagy, N.1 mondial durant 50 mois et aujourd'hui N.3 au classement masculin "a vendu l'Egypte", s'alarme le journal al-Doustour. "Un joueur qui abandonne son pays est un traître à la patrie", renchérit l'ancien international de football Ahmed Hossam, alias "Mido". Sur les réseaux sociaux les internautes se divisent entre ceux qui réclament la déchéance de nationalité de l'athlète et ceux qui s'étonnent des proportions que prend l'affaire. "Où était votre patriotisme quand El Shorbagy raflait tous les trophées mondiaux?", lance ainsi l'un d'eux sur Twitter. Après que l'Angleterre a annoncé lundi avoir recruté Mohammed El Shorbagy, 31 ans, dans son équipe nationale et ainsi déclenché une levée de boucliers en ligne, l'athlète a répondu via des médias. "L'Angleterre m'a apporté tout le soutien dont j'avais besoin (...) ça fait des années que personne ne s'occupe de moi", a-t-il plaidé sur la BBC en arabe. "De toute ma carrière, je n'ai jamais eu un seul sponsor égyptien alors que j'ai gagné 44 compétitions", a martelé celui qui est l'Egyptien le plus primé chez les professionnels. Les Egyptiens ont révolutionné le squash, arrivé sur leur sol avec l'occupation britannique, en le rendant offensif, créatif et divertissant. Et dès les années 1990, ils ont commencé à tutoyer les sommets du classement mondial pour ne plus les quitter. Malgré tout, le football reste le sport-roi dans le pays et Mohamed Salah, célèbre attaquant de Liverpool et capitaine de l'équipe des Pharaons, représente l'icône ultime du sport égyptien. Si le squash suscite traditionnellement peu d'intérêt dans le pays, le départ de M. Shorbagy, formé en Angleterre où il a vécu plus de la moitié de sa vie, semble résonner en Egypte, où de nombreux jeunes pensent à l'exil pour échapper à l'inflation, à la crise économique et au musellement de l'opposition. "Ceux que ce joueur de squash rend fous devraient s'inquiéter des médecins, des ingénieurs, des programmateurs, des scientifiques et des autres", s'alarme ainsi la députée Amira Saber Qandil. "La fuite des cerveaux est un sujet très grave qui nous concerne tous", a-t-elle tweeté.