Sénégal: les députés votent un texte rétablissant le poste de Premier ministre

Par AFP

AFRICA RADIO

L'Assemblée nationale du Sénégal a adopté vendredi un texte rétablissant le poste de Premier ministre supprimé en 2019 par le président Macky Sall qui venait juste d'être réélu à la tête du pays.

Le projet de loi a été adoptée par la majorité des députés présents lors d'une séance plénière (92 voix pour, 2 contre 8 abstentions), a constaté un journaliste de l'AFP. Le ministre de la Justice Malick Sall, qui défendait le texte, a justifié le retour du poste de Premier ministre par "les impératifs de relance de l'économie nationale et d'une meilleure coordination de la mise en oeuvre des politiques publiques". Le chef de l'Etat avait mercredi évoqué sa prochaine présidence de l'Union africaine (UA) à partir de janvier 2022, dans un entretien avec RFI et France 24. "Je ne peux m'occuper du Sénégal au quotidien. Or, il faut s'occuper du Sénégal au quotidien, il faut donc un Premier ministre pour le faire", a-t-il déclaré. Il a précisé que la nomination du futur chef de gouvernement interviendra après les élections locales de janvier. Cette révision réintroduit la responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée nationale, supprimée en même temps que le poste de Premier ministre en 2019, et restitue le pouvoir présidentiel de dissoudre l'Assemblée nationale, selon le texte adopté vendredi par les députés. En 2019 déjà, l'opposition et une partie de la société civile avaient dénoncé la suppression du poste de Premier ministre comme une tentative de mainmise sur le pouvoir de la part du président Sall. M. Sall n'avait jamais évoqué une telle réforme lors de sa campagne présidentielle victorieuse et l'avait annoncée deux jours après avoir prêté serment pour un second mandat. Cette fois encore, la présidence n'a délivré publiquement aucun signe avant-coureur. En 2019, le pouvoir avait justifié la réforme par la volonté de supprimer les goulots d'étranglement administratifs en vue d'accélérer les transformations économiques de ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest. Le poste de Premier ministre est restauré dans un contexte politique et social délicat. Le président Sall a été confronté en mars à des émeutes qui ont fait, selon lui, 14 morts. Les conditions de crise économique qui ont contribué à cette contestation inédite depuis des années ne se sont guère améliorées entre-temps malgré l'éloignement de la pandémie de Covid-19. Des tensions sont réapparues récemment à l'approche des élections locales de janvier 2022, qui doivent être suivies de législatives. Les spéculations vont par ailleurs bon train sur la candidature de M. Sall, au pouvoir depuis 2012, à un troisième mandat en 2024. M. Sall maintient le flou sur ses intentions.