Soudan: tirs de lacrymogènes pendant des manifestations anti-putsch

Par AFP

AFRICA RADIO

Les forces de sécurité soudanaises ont tiré du gaz lacrymogène dimanche sur des milliers de manifestants à Khartoum et dans d'autres villes du Soudan lors de nouveaux rassemblements contre l'armée au pouvoir, onze semaines après le coup d'Etat militaire.

Khartoum (AFP)

Le 25 octobre, le coup d'Etat du chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, a mis fin à la transition vers un pouvoir entièrement civil au Soudan, près de deux ans après la chute d'Omar el-Béchir, dictateur qui était au pouvoir depuis trois décennies.

Des milliers de manifestants se sont à nouveau rassemblés dimanche dans la capitale pour protester contre le coup d'Etat, selon des témoins.

D'autres sont aussi sortis dans les rues d'Omdourman et de Bahri, les banlieues nord-ouest et nord de Khartoum, ainsi qu'à Wad Madani, au sud de la capitale, d'après les mêmes sources. 

Les forces de sécurité ont tenté de disperser les manifestants avec des tirs de lacrymogènes dans le centre de Khartoum et à Bahri, comme ils l'avaient déjà fait lors d'autres rassemblements anti-putsch.

"Non, non au régime militaire", ont scandé les manifestants en agitant les drapeaux soudanais.

- Les médecins manifestent -

"Nous ne voulons pas moins qu'un gouvernement complètement civil", a déclaré Ammar Hamed, 27 ans, un manifestant à Khartoum.

Depuis le putsch du 25 octobre, la répression des manifestations par les forces de l'ordre a fait au moins 60 morts et des centaines de blessés selon les médecins liés au mouvement de protestation.

D'après l'ONU, au moins 13 femmes ont été aussi violées pendant les troubles, et de nombreux journalistes passés à tabac et même arrêtés tandis qu'internet et le téléphone ne fonctionnent que selon le bon vouloir du pouvoir. 

Les autorités ont régulièrement nié avoir eu recours à des balles réelles contre les manifestations et ont déclaré que de nombreux membres des forces de sécurité avaient été blessés lors d'affrontements avec des protestataires.

Des médecins en blouse blanche ont été vus dimanche se joindre à des rassemblements pour protester contre les forces de sécurité qui ont pris d'assaut des hôpitaux et des installations médicales lors de précédentes manifestations.

Samedi, le Comité central des médecins soudanais, affilié au mouvement de protestation, avait déclaré que les médecins se joindraient aux marches et remettraient un mémorandum aux responsables de l'ONU, dénonçant de récentes "agressions commises par les forces du coup d'État" contre des installations médicales.

- Pourparlers de l'ONU -

La semaine dernière, le Premier ministre et visage civil de la transition, Abdallah Hamdok, avait démissionné à l'issue d'une journée de manifestations meurtrière. 

Il avait été réinstallé dans ses fonctions le 21 novembre après avoir été limogé avec son gouvernement lors du coup d'Etat.

Depuis la semaine dernière, les militaires sont seuls aux commandes. Le général Burhane, qui a prolongé de deux ans son mandat à la tête du pays, promet des élections pour juillet 2023.

Mais ses promesses sont loin de calmer la rue.

Samedi, l'émissaire de l'ONU au Soudan Volker Perthes a annoncé qu'il allait organiser des pourparlers avec "tous les acteurs clés civils et militaires" pour tenter de résoudre la crise. 

"Il est temps de mettre fin à la violence et d'entrer dans un processus constructif", a-t-il indiqué à propos de ces discussions, qui doivent être officiellement lancées lundi lors d'une conférence de presse.

Les Forces de la liberté et du changement (FLC), fer de lance de la révolte qui a entraîné l'éviction de Béchir en 2019, ont indiqué n'avoir reçu "aucun détail" de la part de l'ONU sur ces pourparlers. 

Dimanche, l'Association des professionnels soudanais, qui a également joué un rôle déterminant dans les manifestations anti-Béchir, a déclaré elle qu'elle "rejetait complètement" de tels pourparlers. 

"Le moyen de résoudre la crise soudanaise commence par le renversement complet du conseil militaire putschiste", a indiqué l'Association dans un communiqué.