Tchad: les conditions pour le dialogue national "ne sont pas réunies" (évêques)

Par AFP

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Les conditions d'un dialogue national inclusif "crédible et sincère ne sont pas réunies" au Tchad, a affirmé vendredi la conférence des évêques dans un communiqué.

Mahamat Idriss Déby Itno, qui a pris le pouvoir au Tchad à la tête d'un Conseil militaire de transition (CMT) à la suite de la mort de son père Idriss Déby Itno, tué en avril au combat contre des rebelles, a mis en place en août un comité technique spécial chargé de préparer le dialogue national inclusif, qui doit conduire à des élections présidentielle et législatives. Mahamat Idriss Déby, général 5 étoiles de 37 ans, a multiplié les signes d'ouverture aux groupes armés pour les faire participer à un dialogue national censé réconcilier les Tchadiens. Il a notamment promis "des actions concrètes en matière d'amnistie, de libération des prisonniers de guerre, de restitution des biens et de réinsertion professionnelle". "Dans sa forme comme dans son contenu, ce dialogue dit inclusif semble être loin de recueillir l'unanimité de tous les Tchadiens", a déclaré la conférence des évêques, évoquant le "scepticisme de certains leaders de la société civile". Depuis l'arrivée au pouvoir du CMT, au moins 16 personnes ont été tuées durant des manifestations organisées par l'opposition et la société civile à N'Djamena et à Moundou, dans le sud du pays, selon l'ONG Amnesty International. La conférence des évêques a également fustigé la composition du Conseil national de transition, qui fait office de Parlement, dont les 93 membres ont été directement "désignés" par le chef de la junte. La charte de la transition, qui donne les pleins pouvoirs au chef de l'Etat, a également été, selon le communiqué des évêques, "élaborée de manière unilatérale et opaque". Pour le clergé, ce sont autant de "signes visibles de la volonté d'un groupe qui veut imposer à tout prix sa vision au reste des Tchadiens". Le Tchad, pays d'environ 17 millions d'habitants, est composé à environ 32% de catholiques, et à plus de 54% de musulmans. Aucun pays n'a à ce jour dénoncé la prise du pouvoir par la junte et, immédiatement après sa proclamation comme président de la transition, Mahamat Déby avait reçu le soutien remarqué de la France, l'ancienne puissance coloniale, de l'Union européenne, puis de l'Union africaine.