Tunisie: arrestation musclée d'un député hostile au président Saied

17 septembre 2021 à 19h06 par AFP

AFRICA RADIO

Un député tunisien farouchement opposé au président Kais Saied, a été violemment arrêté par des policiers en civil vendredi alors qu'il se rendait au tribunal militaire de Tunis pour se présenter devant un juge d'instruction, selon son avocat qui a filmé la scène.

Seifeddine Makhlouf, chef d'Al-Karama, un parti islamo-nationaliste ultra-conservateur allié au mouvement d'inspiration islamiste Ennahdha, a été poursuivi par la justice militaire après avoir perdu son immunité à la suite du coup de force du président Saied qui s'est arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet. Il fait l'objet d'un mandat d'amener émis par la justice militaire depuis le 2 septembre pour une affaire liée à une altercation survenue en mars à l'aéroport de Tunis. M. Makhlouf ainsi que deux autres députés de son bloc sont soupçonnés d'avoir insulté des agents de la police des frontières qui avaient interdit à une femme de voyager. M. Makhlouf a décidé vendredi de se rendre au tribunal militaire à Tunis, en présence de ses avocats, a-t-il indiqué dans une vidéo enregistrée alors qu'il s'y dirigeait. "Nous n'avons pas peur du tribunal militaire mais nous refusons les coups d'Etat qui se servent de la justice militaire pour régler les comptes avec les opposants", dit dans la vidéo cet avocat de formation, faisant allusion au président Saied. Mais "dès qu'il est arrivé devant le tribunal, des agents de police en civil se sont rapidement dirigés vers Seifeddine, le plaquant sur le sol en le frappant avant de le forcer à monter dans une voiture civile", a raconté à l'AFP son avocat Anouar Ouled Ali qui a filmé cette arrestation musclée. Publiée sur les réseaux sociaux, cette vidéo montre le député essayant de se dégager des mains de cinq hommes en tenue civile qui le forçaient à monter dans une voiture grise en lui assénant des coups pour l'immobiliser. M. Makhlouf a été remis en liberté sur ordre du tribunal quelques heures après son interpellation, selon son avocat. "La date de la prochaine audience a été fixée au 27 septembre", a-t-il ajouté. Contacté par l'AFP, le porte-parole du ministère de l'Intérieur était injoignable. "Ce qui est arrivé est extrêmement grave et sans précédent. Seifeddine Makhlouf a été kidnappé par une milice de la police", a dénoncé Me Ouled Ali.