Tunisie: des ONG dénoncent la révocation de juges par le président

AFRICA RADIO

10 juin 2022 à 11h06 par AFP

Dix ONG, dont Human Rights Watch et Amnesty International, ont dénoncé vendredi la révocation de 57 magistrats en Tunisie par le président Kais Saied, y voyant une "attaque directe contre l'Etat de droit".

Le 1er juin, M. Saied, qui s'est arrogé les pleins pouvoirs en juillet 2021, a révoqué par décret 57 magistrats en invoquant divers motifs dont "la corruption", "l'adultère" et des entraves présumées à des enquêtes sur des assassinats politiques en 2013. "Avec ce décret, le président Saied a supprimé ce qui restait d'autonomie au système judiciaire en Tunisie", a déclaré Salsabil Chellali, directrice du bureau de Tunis de HRW dans un communiqué. "Les juges devraient être soumis à des règles disciplinaires équitables, impartiales et susceptibles d'appel, et non pas aux caprices de l'exécutif", a-t-elle ajouté. Les dix organisations de défense des droits humains signataires du communiqué ont appelé à annuler "immédiatement" le décret présidentiel, soulignant que les juges révoqués ne disposaient d'aucun recours contre leur limogeage. A l'appel de l'Association des magistrats, les juges tunisiens ont observé cette semaine une grève, qu'ils menacent de reconduire, pour protester contre la révocation de leurs confrères. Outre HRW, le communiqué a été signé par Amnesty International, Access Now, Avocats Sans Frontières, la Commission internationale des juristes (CIJ), EuroMed Rights, la Fédération internationale pour les droits humains, International Alert, l'Organisation mondiale contre la torture et Reporters sans Frontières. Le président Saied avait dissous en février le Conseil supérieur de la magistrature avant de renforcer début juin par décret sa tutelle sur le système judiciaire en rendant possible la révocation sans appel des magistrats. "Depuis juillet dernier, le président Saied a démantelé presque tous les outils institutionnels de contrôle de son pouvoir", a déclaré Ramy Salhi, directeur d'EuroMed Rights, estimant que le "nouveau décret-loi (...) renforce son emprise autoritaire sur le pays".