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Tunisie: deux étudiants arrêtés pour une chanson satirique

Deux étudiants tunisiens ont été emprisonnés après la publication sur les réseaux sociaux d'une chanson satirique critiquant la police et une loi réprimant la consommation de stupéfiants, a indiqué mercredi à l'AFP leur avocate.

AFRICA RADIO

17 mai 2023 à 16h21 par AFP

Dhia Nassir et Youssef Chalbi, âgés de 26 et 27 ans, ont été interpellés lundi alors qu'ils quittaient un café à Nabeul (nord-est), a précisé Me Imen Souissi. Sur la base d'éléments réunis par la police, ils ont été placés en garde à vue, puis mardi sous mandat de dépôt par le tribunal de première instance de Nabeul en attendant leur comparution prévue mardi prochain, selon l'avocate. La justice leur reproche d'avoir "porté atteinte à autrui via les réseaux sociaux" et d'avoir "attribué des faits inexacts à un agent public" dans une chanson publiée depuis une semaine sur le réseau TikTok. Dans leur vidéo, les deux étudiants scandent sur un air connu de dessin animé des paroles de leur composition critiquant la police et son application d'une législation pénalisant la consommation de cannabis. "Une fois pendant la nuit, la police nous a rendu visite. Elle nous a emmenés faire un test (anti-drogue), je lui ai dit (au policier) je ne fume pas (de cannabis), prends deux dinars et libère-moi". "Les agents qui ont mené les recherches sur ces étudiants ont jugé que ces paroles portaient atteinte à la police alors qu'il ne s'agissait que d'une chanson humoristique", a déploré Me Souissi. La chanson dénonce les nombreuses arrestations de jeunes sur la base de ce texte, jugé liberticide par la société civile et plusieurs ONG. L'article 52, qui prévoit jusqu'à dix ans de prison pour la consommation ou détention de drogue, a fait l'objet de débats et manifestations réclamant sa révision et un allègement des peines, après la révolution de 2011. Selon des statistiques officielles, près de 30% des détenus en Tunisie sont emprisonnés au nom de cette réglementation. Le bureau régional de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme à Nabeul a dénoncé des "procédures arbitraires" à l'encontre des deux étudiants. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes, se disant choqués par cette arrestation pour une simple chanson, ont réclamé leur libération. Des ONG tunisiennes et internationales ont critiqué un "recul" des libertés en Tunisie depuis que le président Kais Saied s'est arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021.