Tunisie: rassemblement contre la criminalisation de l'homosexualité

AFRICA RADIO

19 décembre 2022 à 16h21 par AFP

Une trentaine de militants se sont rassemblés lundi devant un tribunal de Kairouan, lors du deuxième procès en appel de six hommes poursuivis pour homosexualité, un délit punissable d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison en Tunisie.

L'affaire remonte à 2015 quand six étudiants avaient été arrêtés sous l'accusation de "sodomie", avant d'être condamnés à trois ans de prison et bannis de la région de Kairouan (centre) pour trois années supplémentaires. L'année suivante, leur peine avait été réduite en appel à 40 jours de détention, mais en 2018 la Cour de cassation était revenue sur ce verdict et avait renvoyé de nouveau l'affaire en appel. Cinq d'entre eux ont entretemps trouvé refuge à l'étranger où ils ont obtenu l'asile, mais l'un d'eux, qui se fait appeler Daniel, était en Tunisie lors de la première audience du nouveau procès lundi. Daniel, qui a refusé de donner son véritable nom, a estimé que l'audience s'était "bien passée" et qu'il avait pu "parler au juge sans difficultés". Les manifestants rassemblés devant le tribunal comptaient dans leurs rangs des représentants de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) et du groupement d'activistes Damj. Plusieurs brandissaient des pancartes appelant à "supprimer l'article de la honte", en référence à l'article 230 du code pénal qui sanctionne les actes homosexuels, aussi bien d'hommes que de femmes, par une peine de prison. "Ma liberté personnelle n'est pas la propriété de l'Etat tunisien" ou "Révolution queer contre le patriarcat", clamaient d'autres pancartes. L'article 230 remonte à 1913, sous la colonisation française, mais a été conservé dans la législation après l'indépendance en 1956. Seif Ayadi, un membre de Damj, a expliqué que la présence des militants visait à défendre Daniel mais aussi à "demander justice pour toutes les victimes même à titre symbolique". Depuis la révolution de 2011, les militants LGBT+ sont sortis de l'ombre en Tunisie mais leur condition reste précaire, du fait d'un rejet social encore violent et de la législation punitive. L'article 230 prévoit même un test anal, pratiqué par des médecins légistes, sur les personnes interpellées en "flagrant délit". Plusieurs ONG comme Human Rights Watch (HRW) ont réclamé ces dernières années l'abolition de cet examen "dégradant et inhumain".