Un rapport critique la gestion d'une base américano-kényane attaquée par les shebab en 2020

AFRICA RADIO

10 mars 2022 à 21h51 par AFP

Des responsables américains ont durement critiqué jeudi les défauts de commandement et une sécurité inadaptée révélés par un rapport qui n'ont pas permis de repousser correctement en 2020 une attaque meurtrière d'une base américano-kényane par les islamistes shebab au Kenya.

Lors de cette attaque, à l'aube du 5 janvier 2020, un groupe de 30 ou 40 combattants shebab lourdement armés avait pris d'assaut la base militaire de Camp Simba, opérée par des forces américaines et kényanes à Lamu (sud-est du Kenya), près de la frontière somalienne, et l'aérodrome attenant. L'attaque avait duré plusieurs heures. Les jihadistes avaient tiré au lance-roquettes contre un véhicule, tuant son conducteur, et avaient attaqué un avion en train de rouler sur le tarmac, tuant ses deux pilotes. Le commando shebab, dont quatre membres avaient trouvé la mort, avait pu tirer au moins dix tirs de mortier, détruit sept avions et combattu les forces américaines pendant de longues heures avant d'être repoussé. Lors de la publication d'un rapport indépendant jeudi, plusieurs responsables militaires américains ont pointé du doigt des déficiences dans la gestion de cette base, notamment la négligence de plusieurs employés dont l'inaction a contribué à rendre ces installations vulnérables. "Nous n'étions pas aussi bien préparés dans la baie de Manda (où se trouve cette base, ndlr) que nous aurions dû l'être", a confié le général Stephen Townsend, à la tête du commandement américain pour l'Afrique (AFRICOM), à des journalistes au Pentagone. Un "commandement pas assez unifié" a affaibli la base, la "compréhension du niveau réel de menace" était "inadéquate", la sécurité n'était pas suffisante à certains points clés, et les soldats n'étaient "pas assez préparés pour leur mission", a jugé le général Townsend. Selon le major général Tom Wilcox de l'US Air Force, qui a participé à l'enquête, l'examen a révélé que des hauts gradés avaient permis le développement d'un sentiment de suffisance dans la base, que le partage des renseignements était trop limité et que certains officiers s'étaient acquittés de leurs devoirs de manière trop négligente. Mais "en dépit du fait que certains individus auraient pu et auraient dû mieux faire, la négligence des individus identifiée lors de l'enquête n'est pas à l'origine des pertes subies lors de l'attaque", a ajouté le major général Wilcox. "Il a été conclu que des processus opérationnels défectueux, et un commandement et contrôle inadaptés au niveau tactique, ont contribué à l'issue de l'attaque", a-t-il dit.