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Controverse sur Mitterrand et le génocide au Rwanda: 25 après, toujours "un déni" (association)

16 mai 2019 à 13h17 Par AFP
L'association Survie a déploré la "véhémence" avec laquelle 23 anciens ministres socialistes français s'étaient insurgés contre des propos critiques sur l'ex-président François Mitterrand en place au moment du génocide au Rwanda, la jugeant "révélatrice du déni sur le sujet". Le journal Le Canard Enchaîné révèle dans son édition de mercredi qu'une lettre a été adressée au chef du Parti socialiste français (PS) Olivier Faure, émanant de 23 ex-ministres du PS qui s'insurgent contre des déclarations de Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique aux élections européennes du 26 mai."Le Rwanda est le plus grand scandale de la Ve République. Gauche et droite ont trempé dedans, même si c'est (François) Mitterrand qui avait lancé cette politique et la portait de la manière la plus radicale et abjecte", avait notamment déclaré M. Glucksmann au journal Le Monde le 6 janvier.Parmi les signataires de la lettre figurent Hubert Védrine, l'ancien secrétaire général de la présidence française au moment du génocide au Rwanda, et Paul Quilès, ancien président d'une Mission d'information de l'Assemblée nationale française sur le Rwanda."Comment peut-on porter un tel jugement (...) alors que la France fut le seul pays, dès le feu vert donné par l'ONU, à mener une opération humanitaire en 1994, pendant le génocide, pour sauver des vies, pendant que le monde entier restait indifférent", s'insurgent les signataires."Certes, la politique française au Rwanda (...) peut naturellement être évaluée, discutée, ou critiquée. Mais rien (...) ne peut justifier les accusations de +complicité de génocide+ relayées par M. Glucksmann, alors qu'il s'exprime aujourd'hui au nom des socialistes", estiment les signataires.Les zones d'ombres sur le rôle de la France avant, pendant et après ce génocide - qui fit au moins 800.000 morts entre avril et juillet 1994 selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi mais aussi parmi les Hutu modérés - restent une source récurrente de polémique en France.Le président Mitterrand est accusé d'avoir, entre 1990 et 1994, pris le parti des Hutus face à la rébellion tutsie, soutenue par l'Ouganda, par crainte d'une expansion de la sphère d'influence anglo-saxonne. Et d'avoir ensuite tardé - comme l'ensemble de la communauté internationale - à réaliser l'ampleur des massacres et à s'interposer pour protéger les Tutsi traqués.Dans un communiqué mercredi soir, Survie, qui milite "pour une refonte réelle de la politique étrangère de la France en Afrique", critique la "véhémence" de cette lettre qu'elle juge "révélatrice du déni sur le sujet, 25 ans après".