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Accord de paix en Ethiopie: les "promesses" doivent être tenues, martèle le Premier ministre

Faire la paix avec les autorités rebelles du Tigré était nécessaire pour ne pas obérer le développement de l'Ethiopie, a expliqué mardi aux députés le Premier ministre éthiopien, appelant au respect des "promesses" de l'accord de paix signé à Pretoria.

AFRICA RADIO

15 novembre 2022 à 14h51 par AFP

"Pour garantir la paix et la prospérité, il était indispensable de cesser la guerre", a déclaré Abiy Ahmed lors d'une session de questions-réponses sur divers sujets: "Une mauvaise paix et une bonne guerre, ça n'existe pas, même quand vous l'emportez, car vous tuez des gens et brûlez des dollars". "Nous avons fait un pas. Nous avons discuté et signé, ce que l'on attend de nous désormais est de mettre scrupuleusement en oeuvre les promesses faites et ainsi rendre la paix durable" a-t-il poursuivi. Les processus de paix échouent "à cause du manque de confiance et de l'incapacité à appliquer ce qui a été promis", a-t-il souligné, "nous devons donc travailler rapidement pour que cela n'arrive pas". Cet accord signé le 2 novembre à Pretoria entre gouvernement éthiopien et autorités rebelles du Tigré doit mettre fin à deux ans d'une guerre meurtrière dans le nord de l'Ethiopie. Les combats avaient repris fin août, après cinq mois de trêve, et les forces progouvernementales s'étaient depuis emparées de plusieurs villes du Tigré. Les chefs militaires des deux camps ont paraphé samedi un document d'application des dispositions de l'accord, notamment le désarmement des rebelles et la livraison d'aide humanitaire au Tigré, quasiment coupé du monde et dont les six millions d'habitants sont privés de nourriture et de médicaments depuis plus d'un an. - "Processus légal" - M. Abiy a en revanche renvoyé au "processus" prévu par la loi la question du Wolkait, absente de l'accord et considérée comme l'un des principaux obstacles à la paix. Cette zone de l'ouest du Tigré est revendiquée par les nationalistes de la région voisine de l'Amhara, alliés de M. Abiy contre les rebelles tigréens et qui estiment qu'elle est une terre "ancestrale" des Amhara, la deuxième communauté ethno-linguistique du pays. "Nous ne sommes pas allés à Pretoria pour savoir si le Wolkait appartient à l'Amhara ou au Tigré. Ce n'était ni l'endroit ni le moment. Nous sommes allés négocier un accord de paix", a souligné le Premier ministre, rappelant que plusieurs conflits territoriaux opposaient des communautés ailleurs en Ethiopie. Sur cette question, "il y un processus légal qui doit être suivi", a-t-il estimé, en référence aux dispositions constitutionnelles sur les droits "des nations, nationalités et peuples" prévoyant notamment une possible "autodétermination" via référendum. Ni les députés ni M. Abiy n'ont en revanche évoqué l'actuelle présence au Tigré et l'éventuel retrait de l'armée de l'Erythrée, qui a apporté une aide décisive aux troupes éthiopiennes. L'Erythrée n'est nommée ni dans l'accord de paix ni dans le document de mise en oeuvre. Le Premier ministre a assuré que son gouvernement et l'armée fédérale distribuaient déjà de l'aide dans les zones touchées par le conflit et avaient commencé à rétablir télécommunications et électricité dans certaines, ainsi qu'à rapatrier chez elles les personnes déplacées par la guerre. Aucune de ces trois assertions n'était vérifiable dans l'immédiat, le nord de l'Ethiopie, dont le Tigré, étant interdit aux journalistes. Le bilan de deux ans de guerre au Tigré, marquée par des combats meurtriers, des exactions multiples contre les civils et une catastrophe humanitaire, est inconnu. Mais l'International Crisis Group (ICG) et Amnesty International estiment que ce conflit est "l'un des plus meurtriers au monde".