Cameroun : « Aujourd’hui le véritable problème c’est que les choix stratégiques qui ont été faits depuis la création de notre société de raffinerie ont été mauvais » (Expert)

Stations-service au Cameroun

21 juillet 2022 à 16h00 par Liliianne Nyatcha Africa radio

Depuis quelques jours, le Cameroun fait face à des difficultés d’approvisionnement en produits pétroliers, notamment du gasoil, Dans un communiqué, le ministre de l'Eau et de l’Énergie a cependant assuré que des mesures ont été prises pour améliorer la situation . Selon Gaston Eloundou Essomba, une grande quantité de carburants était en cours de déchargement pour alimenter les stations services qui tournent pour certaines au ralenti, faute de produits . La crise va-t-elle durer ? Écoutez l'analyse de l'économiste camerounais Martin Omgba Zang interrogé par Lilianne Nyatcha.

Quelles en sont les causes de cette pénurie? 

  Vous parlez de pénurie, c’est exagéré. Il y a tout simplement un problème de gestion des stocks au niveau de la structure qui est en charge de faire ce travail. Je pense qu’il n'y a pas eu de bonne anticipation au niveau de la gestion des stocks. D’où le problème que nous avons aujourd’hui. C’est plus un problème de logistique, qu’un problème de pénurie. Il n'y a pas de pénurie de carburant au Cameroun . 

 

Vous êtes donc d'accord avec le gouvernement camerounais qui parle de perturbations d'approvisionnement,la situation ne serait donc pas si  alarmante ?  

Les stocks sont là, je vous ai dit que c’est au niveau de la gestion tout simplement des stocks, des structures. Les personnes que l’on doit blâmer, si je peux m’exprimer ainsi ce sont ceux qui sont en charge de gérer les stocks point. Je pense qu’il y a beaucoup plus un problème d’organisation qui se pose. De l’organisation de refonte de tous les secteurs pétroliers. Parce qu'en vérité il a toujours fonctionné comme ça , en dépit de tout ce que nous avons comme mutation, comme changement. C’est plutôt une refonde de tout le secteur pétrolier qui s’impose au Cameroun. 

 

Au Cameroun il y a plusieurs entités impliquées dans la gestion du secteur pétrolier laquelle serait responsable des problèmes d'organisation dont vous parlez ?  

  Vous avez le ministère de l’énergie, qui est en charge des contrats. Vous avez la société qui est chargée de conserver, qui est la Société Camerounaise des dépôts Pétrolier,( SCDP) , la SNH qui est pour la vente et vous avez la Caisse de Stabilisation des Produits d’Hydrocarbures (CSPH) , qui est là pour la péréquation, des prix du carburant à la pompe. Chacun à son rôle. En ce qui concerne le problème qu’on a connu au Cameroun c’était au niveau de la SCDP, qui aujourd'hui normalement n’a pas su gérer la situation. D’autant que depuis un certain temps il y a eu au niveau du transport du carburant un certain partage du marché. Entre les rails et puis la route et vous savez qu'une fois que l’on commence à emprunter la route dans notre pays ou ailleurs, il y a plus de risques d’accidents, des risques de vol. C’était très bien pensé de  dire qu'on va donner une partie aux transporteurs pour essayer de partager le gâteau. Mais on se rend compte aujourd’hui qu' il y a des risques qui sont tels que l’approvisionnement n’est pas non plus fait comme ça l’était à l’époque. C’est beaucoup plus un problème de fluidité.

  

 Dans d'autres pays africains qui connaissent les mêmes perturbations dans l'approvisionnement des produits pétroliers , on a lié la situation au conflit entre la Russie et l'Ukraine ,donc vous voulez dire qu'il n'y a aucun lien avec cette  crise ? 

 

Non, on ne peut pas le dire de façon certaine. Puisque le Cameroun est un cas particulier, il est en même producteur et il est en même importateur. Ce qui n'est pas forcément le cas pour les autres. Le Cameroun, sur le pétrole qu’il consomme ici, localement, est acheté à l’étranger. Donc du coup la crise en Ukraine impacte sur le Cameroun. Aujourd’hui le véritable problème c’est que les choix stratégiques qui ont été faits depuis la création de notre société de raffinerie ont été mauvais. Parce qu’il est totalement inadmissible qu'un pays comme le Cameroun, producteur de métaux lourds brut, passe son temps à importer du pétrole. Donc à affaiblir notre pression en devise au niveau du trésor français. Alors qu’il est producteur. Le Cameroun devait plutôt être un puissant, un puissant entre guillemets, exportateur de pétrole. Mais le Cameroun est en même temps importateur et exportateur. Le Cameroun n’a pas la même situation, les choix stratégiques qui ont été faits ont été mal faits. Parce que nous avons été conseillés, très mal conseillés, nous avons accepté cela. Que la SONARA ( Société Nationale de Raffinage) soit là pour raffiner le pétrole qui vient du Nigéria, Il n y a pas de lien, parce que le niveau de stock est très bien suivi au niveau de la société camerounaise des groupes pétrolier.

  

 Le ministre camerounais de l'énergie a déclaré que des mesures sont déjà en cours pour assurer un retour à la normale et dans le même temps il insiste sur l'importante enveloppe de la subvention des produits pétroliers qui serait selon lui à l'origine de ces perturbations que faut-il réellement comprendre ? 

Il faut comprendre que le problème de la subvention est ailleurs. Je vous ai dit de ne pas faire l'amalgame entre la situation qu’il y  a eu, qui est pour moi temporaire et  qui va se régler puisque des stocks importants ont été annoncés par le ministre. Cette situation  ne va plus exister. La véritable problématique   aujourd'hui c’est de dire que le montant des subventions ne fait que grimper année par année. D’où l’inquiétude du FMI ( Fonds Monétaire International) qui dit que ce montant commence à avoir des proportions qui sont très importantes et que l’argent que l’on consacre pour subventionner le carburant peut servir pour autre chose. Mais ce que je peux vous dire aujourd 'hui c’est que le FMI fait son travail de banquier.  

 

  Est-ce que ce n'est pas aussi une façon peut-être pour le gouvernement Camerounais de préparer les esprits à une possible suspension ou un potentiel arrêt de cette subvention qui pèse lourd pour la caisse publique ? 

  Moi je suis un financier, un banquier, un économiste. Le ministre fait de la politique . Moi je fais pas de la politique,   je vous dis aujourd’hui si on touche aux subventions c’est la catastrophe.  

l'économiste camerounais Martin Omgba Zang