Cameroun: des milliers de partisans célèbrent les 40 ans de Biya au pouvoir

AFRICA RADIO

6 novembre 2022 à 18h06 par AFP

Plusieurs milliers de partisans du président camerounais Paul Biya ont célébré dimanche à Yaoundé, en l'absence de l'intéressé, ses 40 ans à la tête de ce pays d'Afrique centrale confronté à des défis politiques, sécuritaires et économiques majeurs.

Yaoundé (AFP)

A bientôt 90 ans, le "sphinx" est le deuxième chef d'Etat au monde encore vivant à la plus grande longévité au pouvoir --monarchies exceptées--, derrière son voisin Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président de la Guinée équatoriale depuis plus de 43 ans. 

Mais, après une réélection très contestée pour un septième mandat en 2018, et alors que ses apparitions publiques se font extrêmement rares tant il est apparu affaibli physiquement ces dernières années, il a lancé ces derniers temps ses forces de l'ordre dans une répression encore plus implacable de toute opposition. 

Sur l'esplanade de l'Hôtel de Ville de la capitale, à l'appel de son tout puissant Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), plusieurs milliers de partisans ont crié et dansé au rythme d'une sono diffusant des chansons en l'honneur du chef de l'Etat.

Au son entêtant des tam-tam et sous une chaleur écrasante, ces sympathisants se sont massés vêtus de chemises, robes, casquettes et d'écharpes aux couleurs vives à l'effigie de Paul Biya : marron et blanc pour les aînés du parti, bleu pour les femmes et violet pour les jeunes.

Un immense portrait déployé sur la façade de la mairie était frappé du slogan: "Un Président d'exception" en français et anglais, les deux langues officielles du Cameroun, qui a acquis son indépendance en 1960 de la France et, pour une petite partie anglophone dans l'ouest, du Royaume-Uni en 1961.

- Défis -

Le Cameroun est cependant confronté à de lourds défis, notamment sécuritaires, avec la lutte contre les jihadistes dans l'Extrême-Nord et un conflit sanglant dans les deux régions peuplées par la minorité anglophone dans l'ouest, entre l'armée et des groupes indépendantistes, les deux camps commettant crimes et atrocités contre les civils, selon l'ONU et des ONG. 

Plusieurs membres du gouvernement étaient présents aux festivités de Yaoundé, le Premier ministre Joseph Dion Ngute en tête, ainsi que le président du Sénat, Marcel Niat Njifenji. 

"Quarante ans à la tête de la Nation, ça ne s'usurpe pas, ça se gagne et ça se mérite, ce n'est pas à la portée de qui veut mais plutôt de qui peut", a lancé à l'ouverture des festivités Jean-Marie Abouna, maire du Ier arrondissement de Yaoundé et hôte des célébrations.

Mais évoquer la succession du président est un tabou absolu, même pour les plus proches, personne n'ayant jamais osé sortir du bois ni esquissé, du moins publiquement, la moindre intention, suscitant toutes les spéculations. 

-"Corruption"-

Paul Biya "a toujours bien géré le pays malgré des périodes difficiles.Comme dans une famille, il y a des hauts et des bas", s'enthousiasmait dans la foule Emmanuel Watat, un commerçant de 36 ans et militant du RDPC depuis 17 ans.

"Nous sommes fiers de lui, nous nous levons le matin et nous sommes à l'aise dans notre pays, nous vivons en paix, et c'est une chance quand on voit la situation des pays voisins", assurait à l'AFP Florentine Ahanda, une femme de ménage de 57 ans.

Pourtant l'économie camerounaise n'est pas à la hauteur de son potentiel après quatre décennies de promesses d'un pouvoir accusé par l'opposition de corruption et de mauvaise gouvernance.Plus de 30% de la population vit dans l'extrême pauvreté en 2022 et quelque 9 millions de personnes n'ont pas accès à l'électricité, selon la Banque mondiale.

Samedi, sur Facebook, le principal opposant de M. Biya, Maurice Kamto, rival malheureux en 2018 à la tête du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a vu dans ces 40 années de pouvoir "un piétinement arrogant des droits fondamentaux des citoyens et des libertés publiques" dans un pays où règne une "corruption systématique et généralisée". 

Après sa réélection en 2018, le régime de M. Biya a fait violemment taire toute opposition politique, faisant arrêter - et condamner lourdement- des centaines de manifestants pacifiques, dont M. Kamto lui-même, emprisonné neuf mois sans procès en 2019 et libéré seulement après d'intenses pressions internationales, notamment de la France.

L'opposant a aussi qualifié sur Facebook de "rêve sans contenu" le "Renouveau du Cameroun" promis il y a quarante ans déjà par un Paul Biya ex-Premier ministre désigné successeur du Président démissionnaire Ahmadou Ahidjo, le 6 novembre 1982.