Côte d'Ivoire: des ONG dénoncent une justice "instrumentalisée" par le politique

AFRICA RADIO

14 juillet 2022 à 14h36 par AFP

Plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme ont dénoncé jeudi un système judiciaire ivoirien "instrumentalisé par le politique" et qui a notamment "réduit à néant" les espoirs de justice des victimes de la crise post-électorale de 2010-2011.

"La justice a été utilisée comme outil de contrôle et de pouvoir sous influence de l'exécutif", dénonce un rapport publié par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Ligue ivoirienne des droits de l'Homme (LIDHO) et le Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH). Le document, jugé "accablant" par le vice-président de la FIDH, Alexis Deswaef, lors d'une conférence de presse à Abidjan, pointe "des affaires politisées aux mains d'une justice instrumentalisée". Les ONG citent notamment la condamnation à perpétuité pour "atteinte à la sûreté de l'Etat", prononcée contre l'ex-Premier ministre Guillaume Soro, ancien proche du président Alassane Ouattara désormais brouillé avec lui et en exil. "La justice paraît davantage utilisée comme un instrument de chantage et les décisions judiciaires varient en fonction du contexte", poursuit le texte. Le rapport déplore également plusieurs décisions prises au nom de la réconciliation nationale, comme la loi d'amnistie de 2018, qui a conduit à des centaines de libérations de personnes condamnées pour leur rôle dans la crise post-électorale de 2010-2011. Cette crise, née d'un contentieux sur les résultats de la présidentielle de 2010 entre le sortant Laurent Gbagbo et le président élu Alassane Ouattara, a fait plus de 3.000 morts. "Les victimes sont les sacrifiées de la réconciliation, la loi d'amnistie a bloqué la possibilité de poursuites futures et clôturé les instructions, elle a noyé les espoirs de justice des victimes", a estimé Alexis Deswaef. Ce rapport sort quelques heures avant une rencontre entre le président Ouattara et ses deux prédécesseurs Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, une première depuis 2010. "Auront-ils seulement une parole pour les victimes de leurs combats passés? Y aura-t-il des mesures prises en leur faveur? Ou va t-on se limiter à un marchandage de libérations de collaborateurs et d'amis négociées au plus haut niveau?", s'interroge M. Deswaef. L'an dernier, quelques jours après une rencontre entre MM. Ouattara et Gbagbo, le chef de l'Etat avait annoncé la remise en liberté de 78 détenus qualifiés de "politiques" par l'opposition.