Financement libyen: trois mises en examen pour des soupçons de corruption de magistrats libanais

AFRICA RADIO

6 juillet 2022 à 17h36 par AFP

Trois personnes ont été inculpées en juin à Paris, soupçonnées d'avoir tenté de corrompre des magistrats libanais dans un volet de l'enquête sur les accusations de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, a appris l'AFP de source proche du dossier mercredi.

La première personne est le publicitaire Arnaud de la Villesbrunne, mis en examen (inculpé) le 8 juin. Les deux autres, Lisa H., ancienne assistante de Noël Dubus, protagoniste majeur du dossier, ainsi que le financier Pierre Reynaud l'ont été respectivement les 10 et 15 juin, comme l'a également dévoilé le site d'information Mediapart mercredi. Tous trois sont mis en cause pour "association de malfaiteurs" en vue de la "corruption de personnels judiciaires étrangers". La justice les soupçonne d'avoir tenté entre fin 2020 et mi-2021 de "collecter de l'argent" et de le verser "à des intermédiaires libanais" afin qu'il soit "remis à des personnes exerçant des fonctions juridictionnelles au Liban". L'objectif aurait été, selon les juges d'instruction, "d'obtenir des rencontres avec Hannibal Kadhafi, fils de Mouammar Kadhafi, puis sa libération, ainsi que l'incarcération de (l'intermédiaire franco-libanais) Ziad Takieddine". Concernant le fils Kadhafi, les magistrats se demandent si cette tentative - avortée - de le faire libérer ne visait pas à obtenir des éléments pour dédouaner l'ancien chef de l'Etat français (2007-2012), soupçonné d'avoir perçu de l'argent libyen pour sa campagne de 2007. Les juges évoquent l'ancien président français Nicolas Sarkozy comme "potentiellement (...) intéressé par l'aboutissement de (ces) démarches" concernant la famille Kadhafi. M. Takieddine a de longue date accusé Nicolas Sarkozy d'avoir financé sa campagne présidentielle avec de l'argent libyen notamment, même s'il a temporairement retiré ses accusations fin 2020. Arnaud de la Villesbrunne, Lisa H. et Pierre Reynaud étaient déjà mis en cause dans cette enquête pour "subornation de témoin" ou "association de malfaiteurs" en vue d'une "escroquerie en bande organisée", soupçonnés d'avoir oeuvré pour que Ziad Takieddine n'accuse plus Nicolas Sarkozy en échange de "promesses financières". Parmi les autres mis en cause dans ce dossier figurent un intermédiaire, Noël Dubus, ou la "papesse" des paparazzi Mimi Marchand. Lors de leurs interrogatoires, Arnaud de la Villesbrunne et Lisa H. ont reconnu en substance des "erreurs" d'appréciation, commises "sous influence" de Noël Dubus qui les aurait régulièrement trompés. Pierre Reynaud a lui déclaré que Noël Dubus a "manipulé tout le monde". Le contrôle judiciaire de Noël Dubus a été révoqué vendredi 1er juillet et l'intéressé placé en détention provisoire, a indiqué une source judiciaire à l'AFP, confirmant une information de Mediapart. Contactés par l'AFP, ni Eric Morain, avocat d'Arnaud de la Villesbrunne, ni l'avocat de Lisa H., n'ont souhaité réagir. Joanna Grauzam, avocate de Pierre Reynaud, a indiqué que son client était "innocent et n'a rien à voir avec les faits reprochés".