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Génocide au Rwanda: un procès s'ouvre à Bruxelles, un des deux accusés absent

Le procès de deux anciens responsables rwandais jugés pour "crimes de guerre" et "crime de génocide" commis en 1994 s'est ouvert lundi à Bruxelles en l'absence d'un des deux accusés, hospitalisé depuis trois jours.

AFRICA RADIO

9 octobre 2023 à 14h36 par AFP

Bruxelles (AFP)

La santé de Pierre Basabosé, 76 ans, un des financiers présumés des miliciens Interahamwe (extrémistes hutu) à Kigali, a été au cœur des débats à l'ouverture de l'audience.

Son avocat Jean Flamme estime depuis plusieurs mois que le "syndrome démentiel" dont souffre M. Basabosé ne lui permet pas de participer à son procès.

Il avait déjà été débouté sur ce point en juin, mais a réclamé lundi une nouvelle expertise psychiatrique de son client.

L'avocat a toutefois accepté de représenter M. Basabosé, permettant la poursuite des débats sans lui.La première journée d'audience devait être consacrée à la lecture de l'acte d'accusation.

Il s'agit du sixième procès d'assises en Belgique lié au génocide des Tutsi perpétré au Rwanda il y a près de trente ans.

L'audience, qui doit durer deux mois, concerne deux personnalités proches de l'ex-couple présidentiel Habyarimana: Pierre Basabosé et Séraphin Twahirwa, 65 ans. 

Tous deux avaient trouvé refuge en Belgique, l'ancienne puissance coloniale du Rwanda où vit une importante communauté rwandaise.Ils y ont été arrêtés en septembre 2020.

Ciblés par des mandats d'arrêt émis au Rwanda, ils étaient également dans le collimateur du parquet belge, alerté par les services de l'immigration sur leur profil suspect.

Séraphin Twahirwa est accusé d'avoir dirigé à Kigali une milice d'Interahamwe à l'origine de dizaines de meurtres entre avril et juillet 1994.

Il se voit aussi reprocher une douzaine de viols commis sur des femmes tutsi.

 

- "Compétence universelle" -

 

De son côté, Pierre Basabosé, ancien militaire devenu riche entrepreneur, est accusé d'avoir fourni en argent et en armes les hommes de Twahirwa.

Ancien membre de la garde présidentielle dans les années 1970, Basabosé était aussi un des actionnaires de la Radio-télévision libre des Mille collines, tristement célèbre pour avoir diffusé durant le génocide des appels à tuer des Tutsi.

Réclamés aussi par le Rwanda, les deux hommes sont jugés en Belgique au titre de la "compétence universelle" des tribunaux belges pour les crimes de droit international humanitaire commis à l'étranger.Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Le 6 avril 1994, l'avion du président Habyarimana, un Hutu, avait été la cible d'un tir de missile au-dessus de l'aéroport de Kigali, en phase d'atterrissage.

Cet attentat, qui avait aussi coûté la vie à son homologue burundais Cyprien Ntaryamira, est considéré comme l'événement déclencheur du génocide au Rwanda, qui a fait entre avril et juillet au moins 800.000 morts selon l'ONU.Les victimes se comptent essentiellement au sein de la minorité tutsi mais aussi parmi les Hutu modérés.

Depuis 2001, cinq procès liés à ce génocide avaient déjà été organisés devant la cour d'assises de la capitale belge, le dernier en 2019.

"La Belgique est pionnière dans la poursuite des génocidaires et ces procès sont toujours historiques", a déclaré à l'AFP l'avocate Michèle Hirsch, qui a été de tous ces procès "rwandais" à Bruxelles du côté des parties civiles.

Lundi matin, Me Hirsch a accusé son confrère Jean Flamme de mener une défense bâtie sur "la négation du génocide des Tutsi".

Un autre point de crispation porte sur la liste des témoins établie en juin par la cour.

Me Flamme a réclamé l'audition de davantage de "témoins de contexte", susceptibles de venir décrire au jury populaire le caractère prévisible du génocide de 1994.

Il affirme que dès le début des années 1990 des "massacres anti-Hutu" étaient perpétrés par le FPR, le parti de l'actuel président rwandais Paul Kagamé.

Sur le banc des parties civiles, Me Alexis Deswaef a soutenu la demande d'un nouvel examen de la santé mentale de M. Basabosé.

"Un rapport d'expertise qui date de deux ans mérite d'être actualisé", a dit cet ancien président de la Ligue des droits de l'Homme de Belgique.