Guinée: trois membres d'un collectif "blessés" lors de leur arrestation (avocat)

AFRICA RADIO

6 juillet 2022 à 19h51 par AFP

La police guinéenne a placé en garde à vue trois membres d'une coalition "blessés" lors de leur interpellation mardi à Conakry, après des déclarations visant le Parlement de transition et la justice, a-t-on appris mercredi auprès de leur avocat.

Les trois personnes en garde à vue sont membres du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), une coalition qui avait orchestré des mois de mobilisation de 2019 à 2021 contre l'ancien président Alpha Condé (2010-2021), renversé en septembre 2021 par une junte dirigée par le colonel Mamady Doumbouya. Le coordonnateur national du FNDC, Oumar Sylla dit Foniké Mengué, Mamadou Billo Bah et le rappeur Alpha Midiaou Bah dit Djanii Alfa ont été violemment interpellés mardi par la police au siège de leur coalition, où ils tenaient une conférence de presse, a constaté un journaliste de l'AFP. MM. Sylla et Bah ont été battus et leurs vêtements déchirés par des policiers. "Nos clients sont toujours en garde à vue (à la police judiciaire de Conakry) depuis mardi", a déclaré à l'AFP l'avocat des trois hommes, Salifou Béavogui. "Ils présentent des blessures. (Mamadou) Billo Bah a sa lèvre supérieure fendue alors que Foniké (Mengué) se tord de douleurs à la suite des coups qu'il a reçus lors de son interpellation. On leur refuse de voir un médecin", a dit Me Béavogui. Des manifestations ont été organisées mardi soir et mercredi dans des quartiers de la banlieue de Conakry par des partisans du FNDC pour protester contre l'arrestation des trois hommes, a constaté l'AFP. Les manifestants ont brûlé des pneus, érigé des barricades, renversé des poubelles et caillassé les forces de l'ordre, qui ont essayé de les disperser par des grenades lacrymogènes. MM. Sylla et Bah sont poursuivis pour avoir "produit et diffusé par le biais d'un système informatique des propos injurieux contre le Conseil national de transition (CNT)", le Parlement de transition mis en place par la junte, a expliqué mardi le procureur de la cour d'appel de Conakry, Alphonse Richard Wright, sur la radio privée Fim FM. Le rappeur Djanii Alfa avait récemment critiqué des propos du président du CNT, Dansa Kourouma, qui prônait un regroupement des partis de Guinée dans deux ou trois blocs en fonction de leur idéologie, avant d'être menacé d'arrestation par le procureur, a indiqué Me Béavogui à l'AFP. M. Sylla avait critiqué ces menaces présumées du procureur sur sa page Facebook. Les propos reprochés à M. Bah n'ont pas été précisés. Le FNDC avait appelé à manifester le 23 juin, passant outre l'interdiction édictée par la junte. Il avait suspendu son appel la veille de la manifestation, pour "donner une chance" au dialogue proposé par le gouvernement de transition. Mais après la dernière réunion avec celui-ci, le FNDC a dénoncé "une parodie de rencontre", mais aussi "la conduite solitaire et autoritaire de la transition" et "les atteintes graves portées aux droits et libertés fondamentaux". Le chef de la junte, le colonel Mamady Doumbouya, s'est engagé à remettre le pouvoir à des civils élus dans un délai de trois ans. La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a rejeté dimanche ce délai, lors d'une réunion à Accra, sans annoncer de nouvelles sanctions contre la Guinée, déjà suspendue des organes de l'organisation. Elle a nommé un nouveau médiateur, l'ancien président béninois Thomas Boni Yayi, pour résoudre la crise.