Kenya: espoir et euphorie dans les bastions des favoris à la présidentielle

AFRICA RADIO

8 août 2022 à 16h07 par AFP

Depuis des semaines, Eldoret s'est parée de jaune, la couleur du parti de William Ruto, l'enfant du pays que cette ville de la vallée du Rift (ouest) espère voir élu à l'issue d'une présidentielle "pacifique" mardi au Kenya.

Eldoret (Kenya) (AFP)

A 90 kilomètres au sud-ouest, à Kisumu, aucune pancarte, aucune banderole pro-Ruto n'est visible: ici le bleu de son adversaire Raila Odinga domine et ses partisans affichent une insolente assurance de l'emporter.

Ces bastions des deux principaux candidats à la présidentielle ont été dans le passé théâtres de violences électorales, et les forts enjeux qui entourent le scrutin de mardi font redouter des troubles dans ces "points chauds", selon la terminologie officielle.

Mais à Eldoret, de l'avis des habitants, l'ambiance a changé cette année: l'habituelle tension pré-électorale a disparu.

- Brouettes suspendues -

La grande ville de la vallée du Rift, épicentre de sanglantes violences politico-ethniques après l'élection de 2007 (plus de 1.100 morts, des centaines de milliers de déplacés), demeure un solide fief pro-Ruto, né à 15 kilomètres de là.

Les murs y sont tapissés d'affiches jaunes, la couleur de son parti.A de nombreux croisements, des brouettes - emblème de l'UDA (United Democratic Alliance) - sont suspendues à des poteaux, comme pour marquer le territoire du vice-président sortant.

Mais "cette année, il n'y a pas de tension", souligne Alfred Ekale depuis le "Bunge la mwananchi", le "Parlement des citoyens", un carrefour du centre-ville réputé pour accueillir les discussions politiques des habitants.

Ce lundi matin, ils sont une trentaine de partisans d'Odinga réunis sur un trottoir.De l'autre côté de la rue, ceux de Ruto discutent en contemplant les Unes des journaux sur un étal.

"Lors des précédentes élections, ce n'était pas possible d'avoir si proches l'un de l'autre deux groupes soutenant deux candidats différents", explique Alfred Ekale, depuis les "rangs" des pro-Ruto.

"Tout le monde se méfiait les uns des autres, il y avait beaucoup de tension.Cette fois-ci, nous sommes tous réunis ici, venant de différentes tribus, et nous pouvons coexister", raconte cet agent de sécurité de 38 ans.

- "Président en attente" -

A Eldoret, la victoire de Ruto est espérée, attendue.

Sur les bords du Lac Victoria, en revanche, le sacre de son rival Odinga ne fait aucun doute.

Kisumu y baigne dans une atmosphère festive, comme lancée dans un compte à rebours vers une issue inéluctable: une victoire d'Odinga, tant attendue dans sa région d'origine après quatre candidatures infructueuses à la présidence.

Certains le surnomment même le "président en attente". 

"On s'attend à une grande fête car on sait qui va gagner l'élection.Les habitants de Kisumu sont prêts", lance Abdallah Abuga, un moto-taxi.

Ballets de motards et vuvuzelas hurlants dans les rues de la ville semblent déjà célébrer "Baba", le surnom de cet opposant historique de la politique kényane, qui a reçu cette année le soutien du président sortant et du parti présidentiel.

Odinga deviendrait le premier chef de l'Etat issu de l'ethnie luo, et beaucoup estiment que cela apporterait un développement longtemps refusé à son bastion.

"C'est le moment du changement, et d'un grand changement, pour toute la région de l'Ouest.(...) On va fêter ça, ça va être la fête", se réjouit d'avance Amos Owino, diplômé en comptabilité de 31 ans.

- "C'est tranquille" - 

Le soutien à Odinga s'étend jusqu'à Eldoret, où vit une importante communauté luo, dont Joseph Owuor fait partie.

Si Ruto est selon lui, "un homme du peuple, avec du potentiel", son candidat Raila Odinga est "parfait". 

Il se félicite d'une période apaisée dans la ville, loin de précédentes campagnes électorales marquées par "des jets de pierres" et "aucune tolérance"."Cette fois-ci, il y a de la tolérance (...) J'espère que ce seront des élections pacifiques", confie l'homme de 58 ans.

Des forces de sécurité ont été dépêchées ces derniers jours autour d'Eldoret.

"Ils ont envoyé plein de policiers, mais c'est tranquille", glisse un taxi, sans donner son nom, en regardant passer un camion de militaires.

À Kisumu, habituée à des répressions post-électorales parfois brutales, la quasi-absence de forces de sécurité visibles dans les rues cette année apparaît pour beaucoup comme un bon présage de l'issue du vote.