Le président sénégalais parle d'amnistie et ébranle la scène politique

AFRICA RADIO

29 septembre 2022 à 17h51 par AFP

Le président sénégalais Macky Sall a demandé à son gouvernement de se pencher sur une possible amnistie politique, suscitant d'intenses spéculations sur le retour au premier plan de deux personnalités disgraciées et sur ses intentions.

M. Sall, élu en 2012, réélu en 2019, a demandé au ministère de la Justice "d'examiner, dans les meilleurs délais, les possibilités et le schéma adéquat d'amnistie pour des personnes ayant perdu leurs droits de vote", dit le compte rendu du conseil des ministres publié mercredi soir. Cette initiative a été largement perçue comme une tactique pour ramener dans le jeu Khalifa Sall et Karim Wade, personnalités à la trajectoire abruptement interrompue par des condamnations qu'ils dénoncent comme un complot, et fracturer une opposition revigorée en vue de la présidentielle de 2024. Interrogée par l'AFP sur les plans du chef de l'Etat, la présidence n'a pas répondu. Karim Wade, fils et proche collaborateur de l'ex-président Abdoulaye Wade (2000-2012), a été condamné en 2015 à six ans de prison ferme et à plus de 210 millions d'euros d'amende pour enrichissement illicite sous la présidence de son père. Ecroué en 2013, il a bénéficié d'une grâce présidentielle et a été libéré en 2016. Khalifa Sall, maire de Dakar depuis 2009, a été reconnu coupable du détournement d'environ 2,5 millions d'euros des caisses municipales, et condamné en 2018 à cinq ans de prison. Emprisonné en 2017, il a recouvré la liberté en 2019, lui aussi à la faveur d'une grâce présidentielle. Les deux hommes ont été empêchés de participer à la présidentielle de 2019 à cause de ces condamnations. Ils ont crié à l'instrumentalisation de la justice pour les écarter, ce que nient les autorités. Ils restent engagés en politique avec l'opposition, mais restent bridés par les contraintes ou incertitudes attachées à leurs condamnations. Au sein de l'opposition, le terrain est ainsi largement occupé par Ousmane Sonko. Remettre en selle Khalifa Sall et Karim Wade permettrait à Macky Sall "d'en finir avec le face-à-face qu'Ousmane Sonko voudrait imposer", écrit le journal le Quotidien, à l'unisson de nombreux autres. L'initiative conforte ceux qui pensent que Macky Sall (sans parenté avec Khalifa) briguera un troisième mandat en 2024. Le chef de l'Etat entretient le flou sur ses intentions en 2024, alors que les avis divergent sur sa légitimité à se représenter.