Algérie: le centre d'Alger bloqué par la police, les manifestants repoussés

Par La rédaction

ALGER (AFP)

D'importantes forces de sécurité et des dizaines de véhicules blindés ont repoussé samedi les premiers manifestants venus exprimer, en plein centre d'Alger pour la seconde fois en huit jours, leur détermination à en finir avec le régime, à l'instar de l'Egypte et de la Tunisie.

Aux cris de "Algérie libre et démocratique", "pouvoir assassin", "le peuple veut la chute du régime", quelque 200 personnes avaient néanmoins réussi à atteindre la Place du 1er mai à l'appel de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD).

Toutefois, deux d'entre eux, le secrétaire général du Snapap (Syndicat national autonome du personnel d'administration publique), Rachid Malaoui, se sont évanouis sous la pression exercée contre eux par l'important cordon policier et ont dû être évacués par les pompiers.

Toutes les voies menant à la Place du 1er mai ont été bouclées et des barrières métalliques disposées sur le site lui-même empêchaient l'arrivée de manifestants.  Nombre d'entre eux, cartons rouges à la main, étaient bloqués dans la rue adjacente de Belouizdad tentant en vain de forcer le cordon policier en place depuis plusieurs heures.

Les manifestants étaient censés emprunter depuis cette grande aire et dès 11H00 (10H00 GMT) un parcours délimité jusqu'à la Place des Martyrs, soit environ quatre kilomètres plus loin.

Tout comme samedi dernier où une marche de la CNCD avait été bloquée, des cars avec des policiers casqués, munis de matraques et de boucliers, ainsi que des véhicules blindés ont quadrillé la capitale.Au-dessus tournoyait au moins un hélicoptère.

Les forces de l'ordre étaient postées quasiment à chaque mètre, un dispositif similaire à celui qui attendait la semaine dernière les manifestants ayant répondu à l'appel de la CNCD. De source officielle, on a indiqué à l'AFP que "neuf unités de police avaient été mobilisées sur la place, une unité comprenant entre 90 et 120 éléments" pour cette manifestation, interdite, comme elles le sont toutes dans Alger depuis 2001. 

Parmi les manifestants, on reconnaissait le président de la Ligue algérienne des droits de l'homme (LADDH), Moustapha Bouchachi, et Abdenour Ali-Yahia, président d'honneur de cette organisation, âgé de 90 ans. Le président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), Saïd Sadi, membre de cette coordination, devait revenir de France dans la matinée et participer à la marche.

La circulation sur route menant de l'aéroport jusqu'au centre d'Alger, sur le bord de mer, était considérablement ralentie par des d'importants barrages policiers et une des voies rapides avait été bloquée, a constaté un correspondant de l'AFP. 

Face aux manifestants, une vingtaine de jeunes gens favorables à Abdelaziz Bouteflika sont arrivés brandissant des portraits du président en scandant "policiers, laissez-nous en découdre avec eux", les opposants. "On s'attend que les Algériens soient nombreux pour dire à ce système (ndlr: le régime) qu'ils ont droit de marcher dans leur capitale", déclarait peu auparavant à l'AFP Khalil Moumène, membre de la LADDH.

Fodil Boumala, un fondateur de la Coordination, a réitéré les mots d'ordre de l'opposition."Il faut une rupture définitive avec ce régime incarné depuis 1999 par le pouvoir lui-même composé de forces militaro-civiles, parmi lesquelles le président Abdelaziz Bouteflika", a-t-il déclaré à l'AFP. M.Bouteflika, le 3 février, puis sont Premier ministre Ahmed Ouyahia, jeudi dernier, ont pourtant fait des promesses d'ouverture, dont la levée de l'état d'urgence.

La CNCD, forte de membres de la société civile et de syndicats autonomes a été créée le 21 janvier dans la foulée des émeutes meurtrières du début de l'année en Algérie qui ont fait 5 morts et plus de 800 blessés.