Cameroun: des avocats exigent la libération de leaders anglophones

11 octobre 2018 à 11h54 par AFP

AFRICA RADIO

Un collectif d'avocats camerounais a exigé jeudi "la libération immédiate" du leader anglophone Sisiku Julius Ayuk Tabe et de neuf autres militants arrêtés comme lui au Nigéria puis extradés au Cameroun en janvier.

"Nous demandons la libération immédiate de M. Ayuk Tabe parce qu'il a été illégalement arrêté au Nigeria et transporté au Cameroun dans des conditions terribles, dans un avion sans ceinture de sécurité", a déclaré à l'AFP Me John Fru Nsoh, chef d'un collectif de trois avocats constitué pour la défense de leaders anglophones.Ce collectif a saisi la Cour d'appel à Yaoundé pour obtenir la libération de M. Ayuk Tabe et de neuf autres militants anglophones via une "procédure d'Habeas Corpus". Après le rejet en première instance de cette demande, celle-ci devait être examinée jeudi en appel mais l'affaire a été renvoyée au 1er novembre du fait de l'absence des "prévenus" au tribunal, selon Me Fru Nsoh. Les leaders anglophones sont détenus au Secrétariat d'Etat à la Défense (SED), le siège de la gendarmerie à Yaoundé. "Le colonel du SED" a dit qu'il n'avait "pas reçu (leur) mandat d'extraction. Le procureur lui a rétorqué que ce mandat avait été signé et envoyé au SED", a détaillé l'avocat.Président autoproclamé de l'Ambazonie, nom de l'Etat indépendant que les séparatistes veulent créer au Cameroun anglophone, M. Ayuk Tabe et 46 autres militants anglophones avaient été arrêtés au Nigeria puis extradés fin janvier au Cameroun. La situation sécuritaire s'est considérablement dégradée depuis fin 2016 dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, secouées par une profonde crise socio-politique qui s'est peu à peu muée en conflit armé de basse intensité. Les combats entre séparatistes armés et soldats y sont quasi quotidiens. Plus de 175 membres des forces de défense et sécurité camerounaises ont été tués dans ce conflit ainsi que plus de 400 civils, selon les ONG. Aucun bilan n'est disponible du côté séparatiste.Le Cameroun est dans l'attente de l'annonce des résultats de la présidentielle du 7 octobre, où la participation a été faible en zone anglophone. Lundi, Maurice Kamto, l'un des principaux opposants au président sortant et candidat Paul Biya, a déjà revendiqué la victoire.