Coronavirus: dernier ferry de France pour l'Algérie

19 mars 2020 à 17h38 par AFP

AFRICA RADIO

Le dernier ferry rapatriant des Algériens de France a accosté jeudi au port d'Alger avant la fermeture de toutes les frontières, une mesure qui bloque à l'étranger des milliers de leurs compatriotes et de Marocains, piégés par la pandémie de nouveau coronavirus.

Le grand bâtiment blanc et bleu d'Algérie Ferries, le "Tariq Ibn Ziad", transportant environ 1.700 Algériens, est arrivé de Marseille (sud-est de la France), où ils attendaient de pouvoir rentrer, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le ferry, parti mercredi de la cité phocéenne, a jeté l'ancre en début d'après-midi au port d'Alger avant de s'amarrer à un quai sécurisé, où les autorités ont commencé à organiser une mise en quarantaine des voyageurs, a précisé un responsable du port.

L'équipage, lui, est maintenu en quarantaine sur le ferry tandis que les véhicules des passagers y resteront jusqu'à leur désinfection.

Le départ du ferry avait provoqué un énorme bouchon mercredi matin à Marseille car les passagers étaient arrivés très tôt pour pouvoir monter à bord du bateau, le dernier à quitter la France avant la fermeture des dessertes maritimes avec l'Algérie.

Un autre ferry algérien en provenance de Marseille, le  "Djazair2", avait accosté mercredi après-midi à Oran (nord-ouest) avec 648 passagers à son bord. 

Les passagers du "Djazair2" ont été transportés vers un complexe touristique de la région où ils seront confinés 14 jours.

- "Conditions exécrables" -

Les Algériens constituent de loin la première communauté immigrée en France, l'un des pays les plus touchés par l'épidémie en Europe.

Mercredi, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le rapatriement de milliers de ressortissants bloqués à l'étranger à la suite de la décision des autorités de fermer les ports et les aéroport du pays.

Un rapatriement aérien d'Algériens coincés à l'étranger, notamment en Egypte et au Maroc, va être organisé "rapidement", a indiqué à l'AFP une source aéroportuaire.

"Quelque 300 personnes attendent à l'aéroport de Casablanca et environ 200 au Caire", a précisé cette source.

Selon des internautes, "238 Algériens sont bloqués depuis trois jours à Orly".D'autres se retrouvent en Turquie, l'une des principales destinations touristiques d'Algérie.

"Des centaines d'Algériens livrés à eux-mêmes à l'aéroport d'Istanbul.Des familles, femmes et enfants bloqués en Turquie", dénonce sur Facebook Sami Siyoucef, qui a posté des photos des passagers, dont des fillettes endormies, à l'aéroport.

La fermeture de la frontière terrestre entre l'Algérie et la Tunisie, autre destination de prédilection des Algériens, laisse sur le carreau de nombreux voyageurs qui comptaient regagner leur pays par route.

"Ma mère est actuellement retenue à la frontière Tuniso-algérienne avec sa mère, souffrant d'un diabète et de multiples autres problèmes de santé, et ne disposant pas de traitements suffisants pour 14 jours, dans des conditions sanitaires exécrables", témoigne Elias sur Twitter.

"Il est impossible de les laisser dans un tel environnement, si le virus est présent, il emportera ma fragile grand-mère en un rien de temps", s'alarme-t-il.

- Coincés à Orly -

Les Tunisiens et Marocains, expatriés ou touristes, ne sont pas toujours mieux lotis.

Quelques milliers de Tunisiens sont bloqués à l'étranger, même si près de 5.000 d'entre eux ont été évacués par avion depuis la France depuis le 16 mars.

Des milliers de Marocains sont également piégés dans des aéroports, notamment en France, mais aussi dans des ports espagnols, selon les chiffres donnés par les médias locaux en fin de semaine dernière.

"Près de 300 touristes marocains sont toujours bloqués en Espagne.Les services consulaires sont en communication permanentes avec eux pour leur venir en aide", a indiqué une source diplomatique à l'AFP.

Et ceux qui se trouvaient bloqués à Orly depuis dimanche n'ont toujours pas pu rentrer.

"Certains ont trouvé refuge chez des familles...L'ambassade ne répond pas (...) On ne sait pas quand on va rentrer", explique l'universitaire Khalid Mouna à l'AFP, bloquée à Paris depuis dimanche.