Côte d'Ivoire: Abidjan tente de revenir à la normale

14 avril 2011 à 14h28 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

Abidjan a commencé jeudi un délicat retour à la normale, au lendemain de l'engagement du nouveau président Alassane Ouattara à pacifier la Côte d'Ivoire déchirée par quatre mois de conflit interne. 

Ses forces, parfois aidées de soldats français, ont patrouillé la principale ville du pays pour rétablir l'ordre après les combats et pillages des derniers jours.

L'envoyé spécial des Nations unies a effectué de son coté une sortie en ville, jugeant que la situation s'améliorait plus rapidement que prévu et que le risque de guerre civile s'éloignait.

Dans la journée, de nombreux éléments des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) de M. Ouattara ont circulé et quelque 500 soldats et gendarmes de la force militaire française Licorne patrouillé certains quartiers.

La priorité des forces françaises est d'appuyer la mission de l'ONU, l'Onuci, pour favoriser "le retour à la vie normale" à Abidjan, a expliqué l'état-major français tandis que des patrouilles franco-ivoiriennes se mettaient en place.

Dans la capitale économique, la vie reprenait lentement ses droits après la fin des combats dans la foulée de l'arrestation lundi de l'ex président Laurent Gbagbo, rival de M. Outtara.

"La sécurité s'améliore plus rapidement que nous ne nous y attendions.Les gens sortent de plus en plus nombreux de chez eux, les taxis circulent...Nous encourageons la population à sortir de chez elle", a expliqué l'envoyé spécial de l'ONU, Choi Young-jin, après avoir traversé la ville dans un convoi d'une vingtaine de véhicules.

De nombreux taxis ont recommencé à circuler dans le sud.Des femmes les empruntaient pour aller au marché et revenaient chargées de provisions après des jours d'enfermement et de pénurie.

"La probabilité d'une guerre civile est très, très faible.Ce n'est pas dans la culture ivoirienne de se massacrer", a dit M. Choi bien que des organisations des droits de l'homme s'inquiètent de représailles contre les partisans du président déchu.

"Les destructions en ville sont minimales.Les infrastructures (eau, électricité) n'ont pas été touchées.Les pertes en vie humaines sont inacceptables, mais il faut les mettre en perspective", a-t-il souligné, rappelant les bilans beaucoup plus meurtriers des conflits au Liberia et en Sierra Leone.

 Près de 900 personnes ont été tuées dans des violences qui ont suivi le refus de M. Gbagbo de reconnaitre sa défaite à la présidentielle de novembre, selon l'ONU.

La plupart des quartiers ne portent pas de traces des combats, qui ont été localisés, mais les signes de pillages sont partout visibles.

Les stocks alimentaires du Programme alimentaire mondial à Abidjan, 3.000 tonnes de nourriture, ont été entièrement pillés, conduisant à un arrêt des distributions de nourriture.

Une douzaine d'ONG a jugé jeudi que la Côte d'ivoire, ainsi que le Liberia où se sont réfugiés de nombreux Ivoiriens, avaient sombré dans un "terrible désastre humanitaire".

Elles ont réclamé un soutien financier international d'urgence dans un communiqué signé notamment par Action contre la faim, Handicap International, Oxfam et Secours catholique-Caritas France.

 Dans sa première conférence de presse depuis la chute de son rival, Alassane Ouattara avait promis mercredi une "pacification totale" d'ici "un à deux mois".

Dans une déclaration, le Conseil de sécurité de l'ONU l'a encouragé à former un gouvernement "avec une large assise" et "exhorté tous les Ivoiriens à s'abstenir de toute mesure de représailles, de vengeance et de provocation, à exercer la plus grande retenue et à travailler ensemble pour promouvoir la réconciliation nationale et rétablir une paix durable".

Depuis l'arrestation de Laurent Gbagbo, le ralliement des principaux chefs des forces de sécurité au nouveau président s'est accéléré.

M. Ouattara a aussi annoncé mercredi qu'il allait "demander au procureur de la Cour pénale internationale (CPI) d'engager des investigations" sur les massacres survenus dans l'Ouest du pays, attribués aux deux camps.

Il a indiqué également que son rival avait été transféré en sécurité dans le nord du pays.M. Choi a dit jeudi avoir rencontré Laurent Gbagbo et l'avoir assuré que sa sécurité serait assurée en Côte d'Ivoire et qu'il serait traité avec dignité.

 A Paris, une fille de l'ancien président a saisi des avocats français pour étudier la "légalité" de l'arrestation de ses parents.