Crise ivoirienne: les quatre présidents africains ont rencontré Ouattara

Par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

 

Quatre présidents africains du panel sur la crise ivoirienne ont rencontré mardi à Abidjan Alassane Ouattara, reconnu chef de l'Etat par la communauté internationale, au lendemain d'un entretien avec son rival, le sortant Laurent Gbagbo.

Au deuxième jour de leur visite, Idriss Deby Itno (Tchad), Jikaya Kikwete (Tanzanie), Jacob Zuma (Afrique du Sud) et Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie) ont retrouvé à la mi-journée M. Ouattara au Golf hôtel où il est retranché avec son équipe sous blocus des forces loyales à M. Gbagbo.

L'entretien a duré environ trois heures, et aucun participant n'a fait de déclaration à la fin.

"Votre mission pour nous constitue la mission de la dernière chance parce que sept missions vous ont précédés", a déclaré à ses hôtes Alassane Ouattara en ouvrant la rencontre.

Accompagné de son Premier ministre Guillaume Soro, M. Ouattara a accusé le camp Gbagbo d'avoir "réprimé de façon violente" lundi des manifestations de ses partisans, faisant selon lui "12" tués, certains ayant été victimes de "lance-roquettes".

Selon des sources concordantes recueillies par l'AFP, au moins six personnes ont été tuées.Le camp Ouattara a appelé à une "révolution" à l'égyptienne contre le sortant.

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a déclaré que les médiateurs n'avaient "pas de solution entre (leurs) mains" mais espéraient une issue "qui, au-delà de la Côte d'Ivoire, va sauver la paix dans la sous-région, dans toute l'Afrique"."Nous ne sommes pas au bout de nos peines", a-t-il admis.

"Nous comptons sur des sacrifices que nous devons tous faire pour qu'ensemble on puisse surmonter" la crise que traverse le pays depuis le scrutin de novembre, a-t-il déclaré.

A la fin de l'entretien, plus d'une cinquantaine de partisans de M. Ouattara ont manifesté leur hostilité envers le président sud-africain, largement considéré dans leur camp comme un allié de Laurent Gbagbo.

Réunis devant le hall de l'hôtel, ils se sont approchés de lui et l'ont conspué, criant "Zuma voleur" ou "Zuma dis la vérité".

Dans la bousculade et les cris, Jacob Zuma a finalement regagné son véhicule protégés par son escorte en armes.

Selon le ministre sud-africain adjoint aux Affaires étrangères, Ibrahim Ibrahim, les quatre chefs d'Etat devaient proposer un partage du pouvoir ou bien un gouvernement d'interim jusqu'à de nouvelles élections.

"Je ne pense pas que le panel penche pour l'un ou l'autre, que ce soit Laurent Gbagbo ou Alassane Ouattara, parce que cela mènerait à une déstabilisation du pays", a ajouté M. Ibrahim, interrogé en marge d'une réunion au Cap.

Le président burkinabè Blaise Compaoré, membre du panel, a renoncé à se rendre à Abidjan pour "raison de sécurité": Plus d'un millier de jeunes pro-Gbagbo attendaient à l'aéroport l'ex-médiateur du processus de paix ivoirien (2007-2010) qu'ils accusent d'être un allié de M. Ouattara et de l'ex-puissance coloniale française.

La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a adopté une ligne plus dure que l'Union africaine en brandissant la menace de la force pour déloger M. Gbagbo, a fermement critiqué le maintien de la visite du panel amputé d'un de ses membres.

Pour elle, la situation sur le terrain n'était pas "propice à la tenue d'une mission d'une telle importance".

Le président de la Commission de la Cédéao, James Victor Gbeho, qui a jugé récemment avec sévérité les tentatives de compromis avec M. Gbagbo, a également annulé son déplacement à Abidjan.

Les violences post-électorales ont fait au moins 300 morts depuis mi-décembre, selon l'ONU.