Ebola attise les tensions entre population et autorités en Afrique de l'Ouest

Par La rédaction

Freetown (AFP)

Le virus Ebola frappait sans relâche en Afrique de l'Ouest, exacerbant les tensions entre population et autorités, qui ont dégénéré en émeute mortelle en Sierra Leone, malgré un reflux apparent mercredi des risques de propagation hors du continent.

Les efforts pour élaborer un vaccin progressaient, avec l'arrivée en Suisse de premiers lots de vaccin expérimentaux pour être testés par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Mais ils ne devraient pas être opérationnels avant l'année prochaine, alors que l'épidémie a déjà fait au moins 4.555 morts sur 9.216 cas enregistrés, l'OMS escomptant plusieurs milliers de cas supplémentaires par semaine à partir de décembre.

Le groupe pharmaceutique américain Johnson & Johnson a annoncé avoir dégagé jusqu'à 200 millions de dollars (environ 158 millions d'euros) pour accélérer la production d'un vaccin, prévoyant de produire plus d'un million de doses en 2015, dont 250.000 d'ici à mai pour des essais cliniques.

En Sierra Leone, où la grande majorité des nouveaux cas sont désormais signalés dans l'ouest, comprenant la capitale, Freetown, des heurts dans l'est, épicentre originel de l'épidémie, en quarantaine depuis août, ont fait deux morts, âgés d'une vingtaine d'années, et une dizaine de blessés, dont plusieurs parmi les forces de sécurité.

L'émeute a éclaté mardi dans la ville minière de Koidu après qu'un groupe de jeunes s'est opposé à un prélèvement sanguin sur une femme de 90 ans, mère d'un de leurs chefs, considérée par les autorités sanitaires comme un cas suspect d'Ebola, finalement décédée d'hypertension.

Des journalistes et une radio locale ont été attaqués par des jeunes criant qu'ils ne voulaient "plus d'Ebola!", avant le retour au calme, selon des témoins.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui poursuivait ses distributions massives de nourriture, y compris autour de Freetown, a souligné que "les appels d'urgence aux centres d'alerte Ebola sont passés de 300 par jour début septembre à plus de 1.400 en octobre", selon les données officielles. 

Au Liberia voisin, le pays le plus touché, le nombre de cas signalés était en baisse dans la capitale Monrovia.

"Si on regarde les statistiques, il faut savoir qu'il y a beaucoup de lits vides dans les différents centres de traitement d'Ebola à travers le pays et que le nombre alarmant d'ambulances venant emmener les malades diminue", a déclaré à l'AFP Eric Sumo, un travailleur social, voulant croire à "une baisse progressive".

L'OMS a tempéré ces espoirs, jugeant les statistiques souvent sous-évaluées dans les trois pays principalement touchés, en particulier au Liberia.

 

- Contacts de malades interdits de vol -

 

La décrue semblait néanmoins réelle dans la province de Lofa (nord), limitrophe de la Guinée, où sont apparus les premiers cas au Liberia en février.

Le responsable du centre de traitement de Médecins Sans Frontières (MSF) dans la ville de Foya a indiqué à la présidente Ellen Johnson Sirleaf, en visite sur place, que la province pourrait "bientôt être déclarée débarrassée d'Ebola", après trois semaines sans nouveau cas recensé, selon la présidence.

Accompagnée de l'ambassadrice américaine Deborah Malac, Mme Sirleaf a remercié les personnels de santé et leur a annoncé le versement des primes de risque promises, après une grève de deux jours la semaine dernière.

La présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma était attendue à partir de jeudi dans ces trois pays afin "que le continent mobilise en toute urgence les ressources humaines si nécessaires", a annoncé l'UA.

A l'étranger, Cuba, qui a déjà déployé 165 médecins et infirmiers en Sierra Leone, en a envoyé 83 en renfort en Afrique de l'Ouest. 

Afin de minimiser encore les risques de propagation mondiale, l'aéroport international du Liberia a connecté ses bases de données à celles des proches de malades, afin de leur interdire l'embarquement, même s'ils ne présentent pas de symptôme et ne sont donc pas contagieux.

"Quand vous présenterez votre passeport, si votre nom figure sur la liste de ceux qui sont suivis pour avoir été en contact avec des personnes portant le virus, vous ne partirez pas", a déclaré à l'AFP Binyah Kessely, président du conseil d'administration de l'Autorité aéroportuaire libérienne.

"Nous voulons éviter d'être embarrassés à chaque fois que quelqu'un quittera le Liberia pour aller contaminer un autre pays", a-t-il expliqué, en allusion à deux citoyens libériens qui ont introduit le virus au Nigeria en juillet et aux Etats-Unis en septembre.

Aux Etats-Unis, le président Barack Obama recevait mercredi Ron Klain, chargé de coordonner la lutte contre le virus, au premier jour de sa mission.

Les nouvelles des patients américains étaient rassurantes.

Un caméraman de la chaîne NBC contaminé au Liberia est guéri, et l'état de santé d'une des deux infirmières ayant contracté le virus au Texas (sud) en soignant un malade libérien, décédé depuis, s'est amélioré.

En Espagne, une aide soignante, le premier cas avéré de contamination hors d'Afrique, a été déclarée définitivement guérie.

Malgré ces évolutions favorables, le Rwanda a étendu ses mesures de précaution aux deux pays occidentaux touchés, exigeant que les voyageurs ayant séjourné en Espagne ou aux Etats-Unis les trois semaines précédant leur arrivée communiquent quotidiennement pendant 21 jours leur état de santé.