Egypte: l'opposition rejette le dialogue avec Morsi et appelle à manifester

28 janvier 2013 à 16h51 par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

La principale coalition de l'opposition égyptienne a rejeté lundi l'appel du président Mohamed Morsi à un dialogue national pour tenter de résoudre la nouvelle crise que traverse le pays après des violences meurtrières, et appelé la population à manifester vendredi.

Au Caire, une personne a été tuée lundi par un tir de chevrotine dans les affrontements qui se poursuivaient pour la cinquième journée consécutive entre groupes de manifestants et policiers aux abords de la place Tahrir.

Le Sénat a ratifié un projet de loi autorisant M. Morsi à déployer l'armée afin qu'elle participe au maintien de l'ordre jusqu'à la fin des législatives prévues dans les prochains mois et "chaque fois que le président de la République le demandera", a rapporté l'agence officielle Mena.

Le Sénat, investi du pouvoir législatif en l'absence d'Assemblée nationale, a accordé à l'armée, à la demande du gouvernement, le pouvoir temporaire d'arrêter des civils.

Dans un discours offensif dimanche soir, M. Morsi avait décrété l'état d'urgence dans les provinces de Port-Saïd, Suez et Ismaïliya, qui longent le canal de Suez, suite à des affrontements ayant fait 46 morts.

Il avait aussi appelé les représentants de l'opposition, comme les partis islamistes le soutenant, à un dialogue à 18H00 locales (16H00 GMT) au palais présidentiel au Caire.

"Nous ne participerons pas à un dialogue vide de sens", a affirmé à la presse Mohamed ElBaradei, figure de proue du Front du salut national (FSN), qui regroupe plusieurs mouvements et partis en majorité de gauche et libéraux.

Le Front réclame notamment que le président islamiste assume la responsabilité des violences de ces derniers jours, et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

 Il a plus tard appelé dans un communiqué le "peuple à descendre sur toutes les places Tahrir vendredi 1er février pour (...) réaliser les objectifs de la révolution" et protester contre la mort de dizaines de personnes ces derniers jours.

L'opposition avait déjà menacé d'appeler à de nouvelles manifestations et à une présidentielle anticipée si ses conditions n'étaient pas remplies.

Les heurts les plus meurtriers ont eu lieu à Port-Saïd, où 37 personnes ont péri après la condamnation à mort samedi de 21 supporteurs du club de football local Al-Masry impliqués dans des violences ayant fait 74 morts l'année dernière à l'issue d'un match contre le club cairote d'Al-Ahly.

 Ces violences reflètent les profondes divisions dans le pays mais aussi la persistance de l'hostilité d'une grande partie de la population envers la police, accusée de violations systématiques des droits de l'Homme.

M. Morsi a menacé de prendre d'autres mesures exceptionnelles si les violences persistaient.

En signe de défi, des habitants de Port-Saïd ont bravé le couvre-feu et l'état d'urgence entrés en vigueur dans la nuit en manifestant et ont dit se préparer à de nouveaux rassemblements, selon des témoins.

Lors des obsèques dimanche à Port-Saïd de certaines victimes de samedi, des coups de feu d'origine indéterminée avaient été tirés, provoquant un mouvement de panique, puis des scènes d'émeute.

Lundi, les funérailles des morts de la veille ont rassemblé des centaines de personnes, selon des images de la télévision d'Etat, tandis qu'à Alexandrie, la deuxième ville du pays, des centaines de personnes manifestaient, en brandissant des drapeaux égyptiens et en scandant des slogans hostiles aux Frères musulmans, d'après l'agence officielle Mena.

Les violences de ces derniers jours sont les plus meurtrières depuis l'élection en juin de M. Morsi, premier président islamiste d'Egypte.