Egypte: les manifestants pro-Morsi mobilisent malgré les menaces

2 août 2013 à 11h12 par La rédaction

Le Caire (AFP)

Les partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi tentaient vendredi de mobiliser davantage de manifestants au Caire pour faire face à une intervention imminente de la police au lendemain de tentatives de médiation internationales pour éviter un bain de sang.

Jeudi, une déclaration du secrétaire d'�?tat américain John Kerry, a alimenté la tension sur les places Rabaa al-Adawiya et al-Nahda occupées depuis plus d'un mois par des milliers de partisans des Frères musulmans, l'influente confrérie dont est issu Mohamed Morsi: il a estimé que les militaires qui avaient déposé le 3 juillet le premier président égyptien élu démocratiquement avaient en fait "rétabli la démocratie".

Washington, qui donne chaque année environ 1,3 milliard de dollars à l'armée égyptienne, s'est toujours gardée de qualifier de coup d'�?tat l'intervention de l'armée au lendemain de manifestations massives des opposants à Mohamed Morsi qui reprochaient aux Frères musulmans d'accaparer tous les pouvoirs et de ruiner une économie déjà exsangue.

"Des millions et des millions de gens ont demandé à l'armée d'intervenir.Tous avaient peur d'une descente dans le chaos et la violence", a commenté jeudi John Kerry, ajoutant: "et l'armée n'a pas pris le pouvoir, d'après ce que nous pouvons en juger, jusqu'à présent.Pour conduire le pays, il y a un gouvernement civil.En fait, elle rétablissait la démocratie".

Il y a un mois, le commandant en chef de la toute puissante armée, ministre de la Défense et nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Sissi, avait annoncé la destitution de Mohamed Morsi, détenu au secret depuis. 

Hagel pourrait-il "destituer Obama" ?

"Le secrétaire d'�?tat Kerry accepterait-il que le secrétaire à la Défense Hagel destitue Obama si d'importantes manifestations avaient lieu en Amérique ?", a rétorqué vendredi Gehad el-Haddad, porte-parole des Frères musulmans, avant de conclure: "Nous n'attendons rien des �?tats-Unis (...) complices du coup d'�?tat militaire".

Dans le même temps, les Frères musulmans ont appelé leurs partisans à venir grossir les rangs des sit-in au Caire pour une marche "pacifique" vendredi, jour de la Grande prière et en plein ramadan.Les manifestants rassemblent le plus fort de leurs troupes généralement en début de soirée, après la rupture du jeûne.

Mais jeudi, le ministre de l'Intérieur, fort du mandat reçu la veille du gouvernement intérimaire mis en place par l'armée pour mettre un terme à "la menace pour la sécurité nationale" et au "terrorisme", a exigé des manifestants qu'ils quittent "rapidement" les places occupées, leur promettant une "sortie en toute sécurité".

Jeudi soir, les sit-in mais aussi la rue bruissaient de rumeurs d'intervention imminente de la police, alimentées par le coup de semonce du ministre, les déclarations de John Kerry et l'annonce ostensible par la police qu'elle avait réuni ses chefs pour élaborer une stratégie de dispersion. 

"Situation explosive"

Les nouvelles autorités s'appuient sur le mécontentement d'une très grande partie du peuple égyptien à l'égard du gouvernement de Mohamed Morsi, relayé par la presse quasi-unanime qui qualifie quotidiennement de "terroristes" les occupants des places Rabaa et Nahda.

Mais leur impatience à disperser les manifestants est tempérée par le ballet diplomatique dont Le Caire est le théâtre depuis des jours, la communauté internationale, Union européenne en tête, pressant à la fois les autorités à faire preuve de retenue et les Frères musulmans à évacuer les places.

Des observateurs ont toutefois estimé que ces tentatives avaient été vaines, le gouvernement refusant de restaurer Mohamed Morsi et ses partisans refusant d'évacuer, en accusant les diplomates européens de ne "faire pression" que "sur les manifestants anti-coup d'�?tat pour qu'ils se dispersent".

L'un de ces médiateurs européens, le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle a jugé jeudi soir la "situation explosive" en Egypte.La communauté internationale redoute un bain de sang: plus de 250 personnes ont été tuées en un mois, essentiellement des manifestants pro-Morsi lors d'affrontements avec les forces de l'ordre ou avec des opposants au président déchu.

L'émissaire de l'Union européenne Bernardino Leon, arrivé jeudi, devait poursuivre vendredi les efforts de médiation.Et le quotidien gouvernemental Al-Ahram, citant des sources policières, assure que la police a mis au point un plan d'évacuation des places du Caire mais n'a pas encore décidé du moment de l'intervention, le gouvernement "espérant" toujours une "dispersion pacifique".