Face à l'afflux de Tunisiens en Italie, la France affiche sa fermeté

15 février 2011 à 17h35 par La rédaction

PARIS (AFP)

Paris s'est montré ferme mardi à l'égard des Tunisiens débarqués sur l'île italienne de Lampedusa, dont beaucoup veulent venir en France, le ministre de l'Intérieur prévenant qu'ils seront traités comme des immigrés clandestins appelés à être reconduits dans leur pays.

Interrogé à l'Assemblée nationale, Brice Hortefeux a rappelé la règle en politique migratoire: "Un étranger en situation irrégulière a vocation à être reconduit dans son pays d'origine sauf situation humanitaire particulière."

Plus de 5.000 Tunisiens sont arrivés ces jours-ci à Lampedusa, une petite île rattachée à la Sicile, plus proche des côtes tunisiennes que de l'Italie, mais les débarquements ont cessé depuis lundi en raison d'un renforcement des contrôles des ports tunisiens et d'une mer agitée.

"Ce n'est l'intérêt ni de la Tunisie qui l'a parfaitement compris, ni de l'Europe, ni de la France que d'encourager et d'accepter ces migrations clandestines", a répondu M. Hortefeux à une question du député UMP Philippe Meunier.

Avant lui, le ministre des Affaires européennes Laurent Wauquiez avait rappelé cette même ligne de conduite: "Il ne faut pas de prime à l'immigration illégale".

L'Office français de l'immigration et d'intégration (Ofii), qui s'occupe de l'accueil et de l'intégration des étrangers en situation régulière, a souligné que ces Tunisiens "seront traités comme tous les immigrés clandestins".

"La loi est la même pour tous les étrangers en situation irrégulière", a insisté auprès de l'AFP son président Dominique Paillé.Le 31 janvier déjà, M. Paillé avait prévu cet afflux.

Selon le maire de Lampedusa cité par la presse, la plupart des migrants arrivés sur la petite île située à 138 km des côtes tunisiennes, souhaitent se rendre en France pour y rejoindre leurs compatriotes qui forment une communauté estimée à 600.000 personnes.

Initiateur du "pacte européen pour l'immigration et l'asile" créé pour réguler les flux migratoires en fonction des besoins en main d'oeuvre des Etats de l'UE, Brice Hortefeux a encore plaidé pour une "solution européenne" sur le cas des Tunisiens.

"C'est une politique et une décision qui relèvent de l'Europe et nous prendrons des décisions avec l'ensemble de l'Europe", a déclaré le ministre alors qu'on lui demandait sur LCI si la France allait accueillir une partie de ces migrants.

Selon lui, "l'Italie n'est pas capable d'accueillir à Lampedusa autant de monde".Le nombre de Tunisiens arrivés récemment en Italie, "c'est autant que toute l'année dernière sur ces côtes", a-t-il souligné.

Laurent Wauquiez a également plaidé pour une "relance européenne" de la politique d'immigration."On ne peut avoir un raisonnement Schengen qui est totalement européen et une vision des frontières où on dit à chaque pays: +Débrouillez-vous tout seul+", a-t-il ajouté.

L'Italie a officiellement demandé lundi à la Commission européenne une aide de 100 millions d'euros ainsi que l'élargissement du rôle de Frontex, l'agence de surveillance des frontières européennes, face à la vague de migrants tunisiens.

Et si, par ailleurs, se trouvaient parmi les migrants des partisans de l'ancien président Zine El-Abidine Ben Ali, pourraient-ils bénéficier de l'asile politique en France?"Rien ne justifie cette demande au moment où nous parlons", a expliqué M. Wauquiez, évoquant l'"aspiration à la démocratie" en Italie.

Début février, le gouvernement de transition tunisien a approuvé l'adhésion du pays à la convention internationale contre la torture et trois autres protocoles internationaux relatifs aux droits de l'homme.